Alzheimer : les signes précurseurs

Maladies

Certains signes précoces peuvent être le reflet d’un début de maladie d’Alzheimer. Ils concernent le poids, le comportement, le langage, la marche ou le sommeil.

 

Sommaire

  • Perte de poids
  • Troubles comportementaux légers
  • Baisse de l’irrigation sanguine du cerveau
  • Modification de l’expression orale
  • Marche plus lente
  • Modification de l’activité électrique
  • Gènes de prédisposition
  • Les problèmes de sommeil
  • Chutes plus fréquentes

 

Perte de poids

Alzheimer : la perte de poids est-il un signe avant-coureur ?

Un poids excessif pourrait accélérer l’apparition de la maladie d’Alzheimer

 

Troubles comportementaux légers

Des chercheurs ont dressé une liste de symptômes comportementaux pour aider à identifier les personnes à risque, en partant du principe que certains changements de comportement peuvent être un signe avant-coureur de la maladie d’Alzheimer. Les experts ont longtemps mis l’accent sur le fait que le trouble cognitif léger était un signe d’alerte précoce de la maladie d’Alzheimer. Maintenant, certains d’entre eux mettent en avant un nouveau concept qu’ils appellent « trouble (déficit) comportemental léger », décrivant des changements anormaux et persistants dans le comportement d’une personne âgée. Les changements incluent des problèmes tels que le retrait social, des crises de colère, l’anxiété et l’obsession.

«Nous ne parlons pas de soubresaut dans le comportement de quelqu’un mais d’un comportement anormal et persistent. il serait le premier signe que quelque chose qui ne va pas dans le cerveau », déclare l’auteur principal de l’étude.

Ce dernier et ses collègues ont mis au point une liste de contrôle des symptômes que les médecins pourraient utiliser pour évaluer les patients avec des problèmes de comportement. L’outil doit cependant être affiné car les recherches présentées lors de la Conférence sur la maladie d’Alzheimer sont préliminaires.

« Les gens pensent souvent que la maladie d’Alzheimer est avant tout un problème de perte de mémoire. Cependant, de nombreux patients atteints de démence ont également des symptômes neuropsychiatriques – un terme générique englobant des problèmes de comportement et des troubles de l’humeur et de perception ».

Selon le chercheur, il est important pour les médecins et les familles puissent se rendre compte que des changements de comportement durables peuvent être un signe d’alerte. Voici une liste de symptômes de déficience comportementale légère : – diminution de la motivation qui fait référence à de l’apathie ou un manque d’intérêt pour des choses pour lesquelles les individus avaient un intérêt. Par exemple, un grand-parent ne semble plus s’intéresser à la vie de ses petits-enfants. L’apathie apparaît chez plus de la moitié des patients, selon les résultats de l’étude;

  • symptômes émotionnels tels que la dépression, l’anxiété et l’irritabilité;
  • manque d’intérêt pour les autres, retrait social (ex. perte d’empathie). Il apparaît chez le quart des patients;
  • difficultés à contrôler ses impulsions et qui se manifestent par de l’agitation, de l’obsession ou même des habitudes comme le jeu;
  • problèmes avec la perception, avec présence de délires ou d’hallucinations. Les personnes âgées souffrent d’un trouble comportemental léger si elles présentent l’un de ces symptômes, de manière périodique, pendant au moins six mois.

Les chercheurs estiment que 13% des personnes âgées atteintes de trouble cognitif léger vont développer une démence sur un an. Ce pourcentage monte à 25% s’il y a également présence de troubles comportementaux légers . À l’heure actuelle, il n’y a pas de traitements qui peuvent prévenir la maladie d’Alzheimer. Cependant, la détection précoce permet d’obtenir des traitements disponibles et des services de soutien le plus tôt possible. En ce qui concerne les problèmes de comportement, il existe des moyens pour les gérer. Dans certains cas, un changement mineur dans l’environnement d’une personne peut aider. Certaines personnes peuvent être traitées avec des médicaments tels que des antidépresseurs ou des anxiolytiques, sous la supervision d’un médecin. Source : Alzheimer’s Association International Conference, Toronto, juillet 2016.

En 2015, une étude menée par des chercheurs américains (Washington University School of Medicine, Saint-Louis) indiquait déjà que les troubles comportementaux pouvaient être présents avant les problèmes de mémoire. Les auteurs décrivent ces troubles avec par ordre d’apaprition :

  • l’irritabilité,
  • la dépression,
  • les perturbations du sommeil,
  • l’anxiété,
  • la modification d’appétit,
  • l’agitation et l’apathie,
  • l’exaltation,
  • les troubles moteurs,
  • les hallucinations,
  • les illusions et
  • la désinhibition.

Pour en arriver à cette conclusion, les auteurs de l’étude ont analysé les dossiers de 1218 personnes qui avaient d’abord consulté sans signe de maladie d’Alzheimer, avant que cette dernière ne se déclenche par la suite. Source : “Noncognitive” symptoms of early Alzheimer disease. Neurology, janvier 2015.

Cependant, une étude publiée dans JAMA Psychiatry en 2017 ne soutient pas l’idée d’un changement de personnalité avant l’apparition d’un déficit cognitif léger ou d’une démence.

Selon l’auteur principal de l’étude :

Nous avons constaté que la personnalité est restée stable même au cours des dernières années avant le début de la maladie.

Les chercheurs ont analysé la personnalité et la performance cognitive de plus de 2 000 individus qui ne présentaient pas de déficit cognitif avant l’étude. Environ 18 % des participants à l’étude ont développé plus tard un déficit cognitif ou une démence.

Ce que les chercheurs ont trouvé, c’est que la trajectoire des traits de personnalité ne différait pas entre ceux qui développeraient plus tard la démence et ceux qui sont restés sans problème cognitif.

Alors que le changement de personnalité n’était pas un signe précoce de démence, l’étude appuie davantage sur le fait que les traits de personnalité (par exemple une forte émotivité ou un faible niveau de conscience) sont des facteurs de risque de démence. Source:  A. Terracciano et coll. Personality Change in the Preclinical Phase of Alzheimer Disease. JAMA Psychiatry, septembre 2017.

 

Une baisse de l’irrigation sanguine du cerveau

AVCUne baisse de l’irrigation sanguine du cerveau serait le premier signe précurseur de la maladie d’Alzheimer d’apparition tardive, selon des chercheurs canadiens (Institut neurologique de Montréal) Les recherches précédentes avaient rapporté que l’accumulation anormale de plaques amyloïdes dans le cerveau était à l’origine des premiers symptômes.

Il apparaît cependant qu’une diminution d’un apport de sang dans le cerveau soit un facteur plus important car il apparaît plus précocement.

Les chercheurs ont anlysé plus de 7700 images de cerveau de 1171 patients Alzheimer situés à des stades différents de la maladie, ainsi que des échantillons sanguins et de liquide cérébrospinal. La sévérité des troubles cognitifs a été prise en compte. L’accès à ce nombre important d’image a pu être possible grâce à l’accès à une base de données (Alzheimer’s Disease Neuroimaging Initiative), à laquelle contribuent plusieurs centres de recherche canadiens et américains. Source : Y. Iturria-Medina et coll. Early role of vascular dysregulation on late-onset Alzheimer’s disease based on multifactorial data-driven analysis. Nature Communications 7, juin 2016.

 

Expression orale

Capture d’écran 2015-07-24 à 20.04.04Des chercheurs américains ont tenté de déceler les premiers signes de la maladie d’Alzheimer en étudiant les conférences de presse tenues par Ronald Reagan alors qu’il était président des Etats-Unis d’Amérique. Les textes ont été comparés à ceux de George H.W. Bush père. Les réponses aux conférences de presse ont la particularité de requérir un effort cognitif important car elles doivent être spontanées. Ronald Reagan a été diagnostiqué Alzheimer en 1994, soit 5 ans après qu’il a quitté la présidence des Etats-Unis. Il avait régulièrement été suivi par ses médecins durant ses deux mandats présidentiels. Ses propos tenus lors de conférences publiques ont notamment été scrutés de près. Par exemple, lors d’un débat avec son opposant W. Mondale en 1984, il avait confondu l’endroit où se trouvait avec la capitale fédérale (NDLR ce qui peut être vu comme un lapsus). Les chercheurs de l’Université de l’Etat de l’Arizona ont remarqué de subtils changements entre son premier et son deuxième mandat en comparant les extraits ses conférences de presse avec celles de George HW Bush, les deux ayant à peu près le même âge au début de leur mandat (69 ans pour Reagan en 1981, 64 ans pour Bush en 1993). À l’aide d’un algorithme, ils ont étudié les changements dans les modes d’expression des deux présidents. Cet algorithme avait été utilisé pour analyser les modifications d’écriture des romanciers.

Résultats : Ronald Reagan avait tendance, vers la fin de sa présidence, à répéter le même mot et à utiliser des mots imprécis (exemple « chose »), contrairement à son successeur George Bush qui n’a pas développé la maladie d’Alzheimer.

Les chercheurs soulignent cependant qu’il faudrait tester cet algorithme sur un nombre important de personnes afin de le valider scientifiquement. Pour rappel, les difficultés à trouver les mots justes sont un des principaux signes précurseurs de la maladie. Ainsi, une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer ne se rappelle plus de mots simples (« ex. couteau ») et les remplacera par une expression (« la chose pour couper  »). Cela est difficilement décelable au début de la maladie car le malade masque son état en utilisant des phrases soigneusement répétées et des mots simples. Cet algorithme avait auparavant été utilisé sur les écrits d’Agatha Christie, soupçonnée d’avoir été atteinte de la maladie d’Alzheimer, ainsi que sur ceux de l’écrivain britannique Iris Murdoch, atteinte de la maladie.

 

Changement de l’activité cérébrale

EEG_IRMUne étude française (Pitié-Salpêtrière, Paris, France) vise à identifier précocement les premiers signes de la maladie d’Alzheimer chez 400 personnes de 70 ans et moins et en bonne santé mentale. Les participants vont devoir passer des tests cognitifs sous la forme d’exercices mentaux. En parallèle, l’activité électrique du cerveau – plus exactement le cortex cérébral – sera enregistré par électro-encéphalographie (EEG). Le moindre changement de l’activité cérébrale pourrait être interprété comme le signe d’une perte de connexions synaptiques et de matière grise, caractéristique d’un début de maladie d’Alzheimer.

L’intérêt de l’étude, baptisée Insight, est donc d’identifier le patient avant qu’il soit dans un état prodromal, c’est-à-dire avant que les premiers symptômes deviennent détectables par les tests neuropsychologiques. Pour cela, les chercheurs espèrent pouvoir identifier des signes avant-coureurs de la maladie avant le stade prodromal. Les 400 participants vont passer tous les cinq ans (deux fois par an) des tests cognitifs (mémoire, attention, fonctions exécutives, langage, praxie etc.).

Les neuropsychologues tentent de distinguer les troubles qui apparaissent normalement au cours du vieillissement de ceux qui doivent alerter, notamment la difficulté de mémoriser un mot nouvellement acquis ou un événement nouveau (on parle d’amnésie antérograde). Pendant qu’ils effectuent leurs exercices mentaux, les chercheurs placent des électrodes sur le crâne des individus pour effectuer un EEG. Selon les chercheurs, « la maladie d’Alzheimer modifie l’EEG au repos et en cours d’exercice. Ces subtils changements sont la conséquence d’une perte de neurones et de synapses (zones de contacts entre les neurones). » Une prise de sang sera effectuée en parallèle.

Lorsqu’un cas d’Alzheimer se sera déclaré, les échantillons sanguins seront analysés afin d’identifier des marqueurs biologiques susceptibles d’être impliqués dans la pathologie de la maladie. Enfin, les individus sont soumis deux fois par an à un examen d’imagerie par résonnance magnétique (IRM), qui permettra de visualiser les éventuelles lésions cérébrales, en particulier dans l’hippocampe – zone impliquée dans la mémoire. On estime que le volume de l’hippocampe diminue de plus de 4% par an chez les malades Alzheimer, contre seulement 1% chez des sujets sains.

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Marche plus lente

marche parkinsonLes personnes âgées qui marchent plus lentement ont de plus grandes quantités d’amyloïde dans leur cerveau, selon une étude française. Les chercheurs ont rapporté une association (bien que modeste) entre des niveaux plus élevés de plaques amyloïdes dans le cerveau et une vitesse de marche plus lente chez les personnes âgées. L’amyloïde est une protéine qui s’accumule –sous forme de plaques – dans le cerveau des patients Alzheimer.

« Ces résultats suggèrent que les perturbations subtiles de marche, en plus des plaintes de mémoire, peuvent être des signes avant-coureur de la maladie d’Alzheimer, même chez les personnes qui sont dénuées de symptômes et avoir un rythme de marche normale», a déclaré l’auteur principal de l’étude (Université de Toulouse).

Cette étude, qui a permis aux chercheurs de regarder les participants à un moment précis dans le temps, a seulement établi une association entre les niveaux d’amyloïde du cerveau et de la vitesse de marche, mais pas une relation de cause à effet entre les deux. L’équipe de recherche a analysé 128 personnes (moyenne d’âge : 76 ans) qui n’avaient aucun diagnostic formel de démence, mais étaient considérés comme à haut risque en raison de problèmes de mémoire. Pres de la moitié présentaient des niveaux anormalement élevés de plaque amyloïde dans leur cerveau (48%) et un déficit cognitif léger (46%). La vitesse de marche a été mesurée en utilisant un test standard de synchronisation (passage d’une marche rapide à un rythme de marche habituel). L’amyloïde s’accumule dans plusieurs régions du cerveau, dont une région appelée putamen et impliquée dans la fonction motrice.

« La façon dont nous marchons est contrôlée par des zones du cerveau qui définissent le rythme. Lorsque cette partie du cerveau ne fonctionne pas correctement, cela peut avoir un impact sur la marche ou la vitesse », explique un spécialiste de la maladie d’Alzheimer.

Cependant, il est important de rassurer que les personnes âgées qui marchent plus lentement que d’autres. En 2012, des chercheurs américains (Boston Medical Center) avaient également étudié l’association entre la marche et la performance cognitive chez 2 140 volontaires âgées en moyenne de 62 ans. Ils étaient partis de l’hypothèse que la difficulté à marcher et la vitesse de marche sont des signes avant-coureurs de symptômes caractéristiques de la maladie d’Alzheimer. Leurs résultats avaient rapporté un lien entre la vitesse de marche et l’apparition de la démence. Cette association n’a à ce jour aucune explication scientifique. Source : Del Campo N et coll. MAPT/DSA Study Group. Relationship of regional brain β-amyloid to gait speed. Neurology. 2016 Jan 5;86(1):36-43.

 

Signes de lésions cérébrales

neuroimagerieDes signes de lésions cérébrales peuvent apparaître bien avant les premiers symptômes chez des individus sains dont les deux parents sont atteints de la maladies d’Alzheimer.

«Lorsque le diagnostic est posé, il est déjà trop tard», déclare Dr Lisa Mosconi (New York University School of Medicine). «Voilà pourquoi il faut détecter les signes de la maladie chez ces personnes à risque avant les premiers symptômes».

52 sujets âgées de 32 à 72 ans ont passé des examens de neuroimagerie – incluant la tomographie par émission de positons et l’imagerie par résonance magnétique – qui permettent de visualiser les plaques amyloïdes et l’activité cérébrale.

Résultats: les individus dont les deux parents étaient atteints de la maladie d’Alzheimer avaient plus de plaques amyloïdes et un volume cérébral inférieur, comparés à ceux dont les parents n’avaient aucune pathologie.

« Notre étude suggère l’existence de gènes de prédisposition qui favorisent les lésions caractéristiques de la maladie chez les individus à risque. Il reste à déterminer lesquels.»

Source:  Brain imaging of cognitively normal individuals with 2 parents affected by late-onset AD.Neurology, 2014.

 

Problèmes de sommeil

insomnie-sommeil
Une expérience menée sur des souris suggère qu’une perturbation du sommeil pourrait être un symptôme précoce de la maladie d’Alzheimer. Dans l’étude publiée dans Science Translational Medicine  (sept. 2012), les chercheurs ont montré que le cycle du sommeil se perturbait lorsque des plaques amyloïdes apparaissaient dans le cerveau de ces souris. Pour rappel : les plaques amyloïdes sont des lésions caractéristiques de la maladie d’Alzheimer; des chercheurs ont réussi depuis une 15aine d’années à « fabriquer » des souris transgéniques qui développent ces lésions au fur et à mesure qu’elles vieillissent. Il est important de détecter le plus tôt possible les signes précurseurs de la maladie bien avant l’apparition des premiers symptômes (pertes de mémoire à court terme). Il est maintenant admis que les premiers neurones comment à mourir environ 20 ans avant l’apparition de ces premiers symptômes.

« Si des problèmes de sommeil au tout début de la maladie, ces signes pourraient servir de moyen de détecter la maladie»,

explique un des auteurs de l’étude qui ajoute :  «nous ne savons pas encore sous quelle forme apparaissent ces troubles de sommeil: réduction du temps de sommeil, difficultés à s’endormir…».

 

Chutes fréquentes

Les personnes présentant des lésions caractéristiques de la maladie d’Alzheimer (dépôts de plaques amyloïdes et de protéines tau) voient leur risque de chute multiplié par 3 lorsqu’elles pratiquaient une activité de la vie quotidienne. Ces résultats proviennent d’une étude américaine portant sur 125 personnes (âge moyen : 74 ans) dont on a évalué pendant un an le nombre de chutes. Les dépôts amyloïdes et les taux élevés de protéine tau ont été mesurés dans le liquide céphalo-rachidien après ponction lombaire. Source: Neurology, 30 juillet 2013.