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Anti-inflammatoires non stéroïdiens
Brèves
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Définition
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (ou AINS) sont des médicaments utilisés pour soulager la douleur et
l'inflammation.
La consommation d’AINS représente la moitié de la consommation totale chez les plus de 65 ans dans
les pays industrialisés.
Indications chez la personne âgée
Ils sont prescrits dans le traitement des rhumatismes
chroniques et dans certains types d’arthroses invalidantes.
La prise d’AINS comme médicaments d’appoint est à éviter dans les cas suivants: soulagement de maux de
tête/migraine ou douleur accompagnant une opération chirurgicale ou une blessure (voir effets indésirables
et précautions d’emploi).
Comment les AINS fonctionnent-ils?
Les AINS inhibent l'action d'une enzyme présente dans la
cellule et appelée cyclo-oxygénase ou Cox 1.
Cette inhibition conduit à une diminution de la
production de prostaglandines (lipides produits par les
cellules lors d’une inflammation) et une augmentation de
la température du corps.
La nouvelle génération d'AINS n’inhibe que la forme Cox-2. Ces AINS sont mieux tôlérés, car ils ne bloquent
que les prostaglandines sans modifier la température du corps.
Les AINS ont une action antiplaquettaire, car ils inhibent les thromboxanes A2, qui sont des
prostaglandines favorisant l’agrégation des plaquettes.
Quels sont les différents AINS?
Les AINS les plus populaires sont l'aspirine et
l’ibuprofène.
Les coxibs constituent une nouvelle classe d’AINS
inhibant la Cox-2. Ils comprennent célécoxib,
étoricoxib, parécoxib, rofécoxib et valdécoxib.
Voici les AINS les plus fréquemment prescrits (le nom
commercial est entre parenthèses): Aspirine (Aspégic ®), carprofène, célécoxib (Celebrex
®), diclofénac (Cataflam ®, Voltarène ®, Arthrotec ®),
indométacine (Dolobid ®), étoricoxib (Arcoxia ®),étodolac (Lodine ®), fénoprofène (Nalfon ®), floctafénine,
flurbiprofène (Ansaid ®, Cébutid®), ibuprofène (Motrin
®, Advil ®, Vicoprofen ®, Brufen ®), indométacine
(Indocin ®), kétoprofène (Oruvail ®, Orudis ®, Actron ®,
profénid ®), kétorolac (Toradol ®), loxoprofène,
méclofénamate, méfénamate (Ponstel ®), méloxicam (Mobic
®), nabumétone (Relafen ®), naproxène (Aleve ®, Apranax
®, Naprosyn ®, Anaprox ®, Naprelan ®, Naprapac ®),
nimésulide, oxaprozin (Daypro ®), oxyphenylbutazone,
parécoxib (Dynastat ®), phénylbutazone, piroxicam
(Feldene ®), rofécoxib (Vioxx ®), salsalate (Amigesic
®), sulindac (Clinoril ®), tiaprofenate, tolmetin
(Tolectin ®), valdécoxib (Bextra ®).
Les AINS sont facilement absorbés et se lient à l’albumine sérique, ce qui augmente le risque d’effets
secondaires indésirables et d’interactions avec d’autres
médicaments (voir mises en garde/précautions d’emploi).
Les AINS ont une durée d’action variable : les AINS à durée d’action brève sont l’aspirine, le kétoprofène,
l’indometacine, et ceux à durée d’action prolongée sont le naproxène et le sulindac.
Efficacité clinique des AINS dans les maladies neurologiques
L’inflammation semble contribuer à la mort neuronale dans la maladie d'Alzheimer (MA). En effet, les niveaux de la Cox-2 et d'autres molécules inflammatoires (par exemple les cytokines) sont élevés dans le cerveau de patients atteints d'Alzheimer. De plus, les études réalisées chez l'animal ont montré que les cytokines
augmentent la formation d'amyloïde dans le cerveau (l’amyloïde est une protéine s'accumulant dans les tissus cérébraux des malades Alzheimer. Elle est en grande partie responsable de la mort neuronale dans
cette maladie).
Les chercheurs ont soulevé l'hypothèse que l’arrêt ou le
ralentissement de l'inflammation retarderait l'apparition de la maladie d'Alzheimer et/ou ralentirait
sa progression.
Prévention de la démence
Plusieurs études épidémiologiques et cliniques ont été publiées depuis le début de l’année sur les effets (préventifs et curatifs) des anti-inflammatoires dans la démence; avec des résultats contradictoires en apparence.
Etude 1. Plus de trois mille volontaires sains de plus de 65 ans ont participé à une étude de grande envergure visant à étudier l’association entre prise d’AINS et risque de maladies neurodégénératives. Les résultats rapportent une corrélation négative entre un traitement aux anti-inflammatoires et diminution du risque de démence (-24%), et de maladie d’Alzheimer (-37%) en particulier. En revanche, ces médicaments n’ont aucun aucune incidence sur la démence vasculaire. Une étude attentive des résultats souligne que cette diminution n’apparaît que chez les personnes à risque portant la forme E4 de l’apolipoprotéine E. (Source : Szekely CA et al. NSAID use and dementia risk in the Cardiovascular Health Study: role of APOE and NSAID type. Neurology 2008 Jan 1 70:17-24).
Etude 2. Une revue répertoriant 6 essais et portant sur plus de 13000 participants concluent que dans l’ensemble les AINS diminuent de 23% le risque de développer une maladie d’Alzheimer. Cependant, et contrairement aux résultats précédents, le sous-groupe d’AINS* incluant l’ibuprofene n’offre pas une meilleure efficacité. (Neurology. 2008;70:2291-2298).
*Ce sous-groupe a la propriété de diminuer les niveaux d’amyloïde dans le cerveau. Il inclut les anti-inflammatoires suivants : diclofénac, diflunisal, fénoprofène, flurbiprofène, ibuprofène, indométhacine, méclofénamate, piroxicam et sulindac. L’ibuprofène était l’AINS le plus prescrit (53%).
Etude 3. Les résultats portant sur 200 000 personnes âgées de 55 et plus indiquent que celles traitées avec un AINS pendant 4 ans et plus ont un risque moindre (-24%) de MA, comparées à celles n’ayant jamais été traitées. L’ibuprofène semble le plus efficace avec un risque abaissé de 44%. En revanche, les effets des autres médicaments (en particulier le naproxène) ne sont pas concluants. Source : Vlad SC et al. Protective effects of NSAIDs on the development of Alzheimer disease. Neurology. 2008 May 6;70:1672-7.
Etude 4. Des chercheurs ont regardé les effets des AINS sur des personnes à risque de 70 ans et plus, ayant des antécédents familiaux de maladie d’Alzheimer. La performance cognitive des ces personnes était évaluée trois ans plus tard à l’aide d’une batterie de tests de mémoire. Leurs résultats indiquent qu’aucun de ces médicaments (en particulier le célécoxib (200 mg deux fois par jour) et le naproxène (200 mg deux fois par jour)
n’améliorait ou ne ralentissait le déclin cognitif, comparé au groupe placebo. Ces résultats confirment l’hypothèse selon laquelle les AINS ne ralentissent pas le déclin cognitif des personnes atteintes de déficit cognitif léger ou de maladie d’Alzheimer, au stade léger à modéré. Source : Martin B et al. Cognitive function over time in the Alzheimer’s disease anti-inflammatory prevention trial (ADAPT). Arch. Neurol. 2008, May 12, online; Aisen PS, Thal LJ, Ferris SH, Assaid C, Nessly ML, Giuliani MJ, Lines CR, Norman BA, Potter WZ. Rofecoxib in patients
with mild cognitive impairment: further analyses of data from a randomized, double-blind, trial. Curr Alzheimer Res. 2008 Feb;5(1):73-82.
Commentaire:
Les résultats cliniques contredisent ceux obtenus lors d’études épidémiologiques. Une telle divergence est également apparue avec les estrogènes et les statines.
La communauté médicale considère dans son ensemble que les essais cliniques donnent une meilleur image de l’effet d’un médicament, contrairement aux données épidémiologiques dont les résultats peuvent être biaisés par des paramètres non identifiés (par exemple il est possible que les personnes prenant des AINS ont une tendance à exercer une activité physique plus soutenue, considérée comme un facteur de protection).
En conclusion, les effets protecteurs des AINS sont peu probables, même à titre préventif.
Selon certains cliniciens, ces résultats négatifs
s'expliqueraient par le fait que les AINS sont inefficaces lorsque les symptômes se sont déjà
manifestés. D'autres confrères s’interrogent sur le type d’AINS utilisé ainsi que la dose utilisée dans les
essais cliniques.
L’absence d’effet neuroprotecteur des AINS confortent l’idée que la neuroinflammation n'est pas la principale cause
de la MA. Certains cliniciens pensent que les AINS ne seraient efficaces que chez les individus à risque,
ayant par exemple des antécédents familiaux.
Un essai clinique en phase 3 est actuellement en cours avec un anti-inflammatoire appelé flurbiprofène (Flurizan, Myriad pharmaceuticals) sur des patients Alzheimer (stade léger à modéré). Cette molécule diminue la production d’amyloïde dans le cerveau.
Effets indésirables (les plus fréquents)
- Système cardiovasculaire : hypertension, aggravation de
l’insuffisance cardiaque.
- Système hématologique: thrombocytopénie, anémie.
- Système nerveux: confusion.
- Système rénal: insuffisance rénale, néphropathie, rétention
d’eau et de sels.
- Système digestif: diarrhée, ulcère gastroduodenal, dyspepsie, hémorragies
digestives.
Le risque d'effets secondaires augmente avec la durée et
les doses du traitement.
L'incidence de troubles et maladies cardiovasculaires (infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral,
insuffisance cardiaque et hypertension) augmente de près de deux fois chez les patients traités avec le
rofécoxib, comparée à ceux traités avec un placebo. En 2005, l’agence de santé américaine (US Food and Drug
Administration) a demandé aux laboratoires commercialisant les inhibiteurs de Cox-2 de mettre
l’accent sur le risque d’accidents cardiovasculaires et de saignements gastro-intestinaux que peuvent provoquer
ces médicaments. Le rofécoxib et le valdécoxib ont été retirés du marché en raison de leur possible
dangerositét.
Les personnes âgées sont plus sensibles que les jeunes adultes aux effets secondaires des AINS.
En effet, il existe un risque d'aggravation du danger d'accumulation par diminution de la clairance et une augmentation de la demi-vie, parfois sans signe d'alarme en cas de toxicité.
Les personnes âgées sont plus enclines à développer les effets secondaires suivants :
confusion, gonflement du visage et des membres
inférieurs, baisse soudaine du volume urinaire. Les
personnes âgées sont aussi plus susceptibles à souffrir
de graves complications gastro-intestinales. Des
troubles reliées à la circulation sanguine peuvent aussi survenir chez les
personnes âgées traîtées au phénylbutazone. Le risque d’insuffisance rénale et
d’aggravation de l’insuffisance cardiaque est multiplié
par 2-3 chez la personne âgée.
Une étude portant chez les patients âgés hospitalisés, a
rapporté l’existence d’une association entre l'utilisation d'AINS
et le risque (multiplie par 10) de tomber, un effet
largement dû à l’utilisation de faibles doses d'aspirine.
Les médecins sont invités à peser soigneusement les
avantages et les risques potentiels des AINS, et tenir
compte d'autres options de traitement, avant de décider
de prescrire un AINS. Si l'utilisation chronique d'un
AINS est indiqué chez un patient, le dosage et la durée du traitement doivent le plus bas possible. Un
traitement aux corticoïdes peut être une alternative lorsque les AINS sont contre-indiqués
ou mal tolérés.
Les, AINS ne produisent pas de sédation ou de dépression
respiratoire, et ne provoquent pas d’accoutumance.
Mises en garde/Précautions d’emploi
Les AINS doivent être prescrits avec précaution chez les patients ayant
les problèmes médicaux suivants (liste non exhaustive):
• Abus d'alcool ou de tabac
• Problèmes de saignement
• Problèmes intestinaux
• Diabète sucré
• Hémorroïdes
• Hépatite
• Maladie ou antécédent de maladie rénale
• Irritation de l’estomac ou du colon
• Anémie
• Asthme
• Épilepsie
• Rétention d'eau
• Maladies cardiaques
• Hypertension artérielle
• Calculs rénaux
• Faible nombre de plaquettes / globules blancs
• Maladie mentale
• Maladie de Parkinson
• Ulcères
Les AINS sont déconseillés voire contre-indiqués s’ils sont associés
avec les substances/médicaments
suivants (liste non exhaustive):
• Alcool (augmentation du risque d'hépatotoxicité)
• Barbituriques (augmentation du risque d'hépatotoxicité)
• Corticostéroïdes
• Inhibiteurs de l’enzyme de conversion et antagonistes
des récepteurs de l’angiotensine 2 (risque d’insuffisance rénale).
• Anticoagulants oraux (effet anticoagulant amplifié)
• Antibiotiques / antifongiques (ciprofloxacine,
enoxacine, traconazole, kétoconazole, loméfloxacine,
norfloxacine, ofloxacine, cyclosporine)
• Lithium (médicament utilisé dans le traitement de
l'humeur. Les AINS augmentent les niveaux sanguins de
lithium)
• Phénytoïne (médicament utilisé dans le traitement de
l'épilepsie).
• Penicillamine et méthotrexate (médicaments utilisés
dans le traitement de l'arthrite).
• Probénécide (médicament utilisé dans le traitement de
l'insuffisance rénale).
• Diurétiques (par ex. triamtérène. Risque d’insuffisance rénale). L'effet diurétique du furosémide et de la spironolactone est diminuée.
• Antidiabétiques (les AINS favorisent l’action antiglycémiante des médicaments
antidiabétiques).
• Ticlodipine et héparine (risque d’hémorragie).
Brèves
Septembre 2011.Des études réalisées à la fois chez la souris et chez l'homme suggèrent que la prise d'anti-inflammatoires (ibuprofène, aspirine et naproxène), réduit l'efficacité des antidépresseurs souvent prescrits dans le traitement de la dépression, l'anxiété et les troubles obsessionnels compulsifs.
54% des patients ne prenant pas d'anti-inflammatoires ou d'analgésiques ont répondu à l'antidépresseur, alors que ce taux de réponse chutaient à 40% chez ceux traités avec des anti-inflammatoires.
Ces résultats peuvent expliquer pourquoi beaucoup de patients dépressifs, traités en particulier avec des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine, et prenant en parallèle des anti-inflammatoires, ne répondent pas au traitement.
Ils ont en particulier un impact sur les personnes âgées souffrant de dépression et de maladies arthritiques et qui, par conséquent, prennent à la fois ces deux classes de médicaments.
Selon le Pr. Greengard (Centre de Fisher pour la maladie d'Alzheimer, The Rockefeller University, New York), l'un des auteurs principaux de l'étude, ces résultats suggèrent que "les médecins doivent mettre en balance les avantages et les inconvénients d'un traitement de maladies arthritiques à base d'anti-inflammatoire chez les patients dépressifs et traités avec des antidépresseurs ".
Source : Warner-Schmidt JL et coll. Antidepressant effects of selective serotonin reuptake inhibitors (SSRIs) are attenuated by antiinflammatory drugs in mice and humans. Proc Natl Acad Sci U S A. 2011 May 31;108(22):9262-7.
Publications
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Naproxen and celecoxib do not prevent AD in early
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Soininen H, West C, Robbins J, Niculescu L. Long-term
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Dement Geriatr Cogn Disord. 2007;23(1):8-21. Epub 2006
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De Craen AJ et al. Meta-analysis of nonsteroidal
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Launer LJ. Nonsteroidal Anti-inflammatory Drugs and Alzheimer
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Launer L. Nonsteroidal anti-inflammatory drug use and
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epidemiological evidence. Drugs 2003;63:731-739.
Mise à jour : octobre 2007
Notes
1
Il existe deux formes de Cox: Cox-1 et Cox-2. La Cox-1
est la principale forme présente dans le cerveau, située
principalement dans les cellules du cerveau appelées
microglies. La Cox-2, située plutôt dans les neurones,
s’exprime uniquement lors d'une inflammation.
Cet article doit être considéré comme une information et
non comme une consultation médicale qui relève, stricto
sensu d'une relation individuelle avec un professionnel
patenté et selon les règles en vigueur dans le pays.
Nous n’assumons aucune responsabilité sur les
conséquences liées à l'utilisation de ces
renseignements. Pour de plus amples informations sur ce
médicament, veuillez contacter votre médecin ou
votre pharmacien.
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