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Dépression et maladie d'Alzheimer
La dépression peut-elle augmentée le risque d'être atteint d'une maladie d'Alzheimer?
Oui si l'on en croit cette étude qui a consisté à suivre, sur une période de 7 ans, 651 personnes âgées (age moyen : 75 ans) ayant souffert ou non de symptômes dépressifs.Aucun
ne souffrait de démence au début de l'étude. Les participants devaient répondre au début de l'étude à un questionnaire afin de déterminer la présence de symptômes dépressifs; ces symptômes sont des troubles du sommeil ou de l'appétit (perte ou excès), un désintérêt, une perte de plaisir et d'énergie, un pessimisme, un sentiment de solitude et de tristesse, une absence d'estime de soi. Un score (de 0 à 8) évaluant l'intensité de la symptomatologie dépressive est attribué à chaque participant selon l'échelle CES-D (CES-D signifie Center for Epidemiologic Studies Depression Scale). Cette échelle est donc un instrument d'autoévaluation des symptômes dépressifs reflétant l'état d'esprit du répondant au cours de la semaine précédent le test. L'état cognitif des participants a été
mesuré annuellement afin de déceler ou non une démence. Cette évaluation a été effectuée à l'aide de tests mesurant l'état de la mémoire épisodique, sémantique et de travail, ainsi que la capacité visuelle et spatiale.
Résultats. 108 sur 651 (17%) sujets ont développé au bout de 7 ans une maladie d'Alzheimer. Il apparut que plus le nombre de symptômes dépressifs était élevé, plus le risque d'être atteint d'une maladie d'Alzheimer était important (ce risque augmente d'environ 20% pour une augmentation de 1 point sur l'échelle CES-D).
Les auteurs ont pris soin de vérifier que ces symptômes dépressifs n'étaient pas consécutifs à une prise de conscience de souffrir de troubles cognitifs. En effet, le status cognitif des individus présentant des symptômes dépressifs au début de l'étude n'était pas plus altéré que celui des sujets non dépressifs.
Cette étude n'a cependant pas pris en compte le fait que certaines personnes aient pu souffrir de dépression avant ou pendant l'étude.
Ces résultats suggèrent qu'une personne âgée présentant des symptômes dépressifs augmente son risque de développer une maladie d'Alzheimer. Il est en revanche prématuré de prétendre qu'un traitement de ces symptômes dépressifs puissent retarder voire empêcher une maladie d'Azlheimer.
Source:: Wilson et alii: depressive symptoms, cognitive decline, and risk of AD in older persons. Neurology, vol. 59, p 364-370, 2002
Deux autres études confirment l’hypothèse que des antécédents de dépression augmentent le risque de maladie d’Alzheimer.
Dans la première étude, les auteurs ont comparé le cerveau de 7164 patients diagnostiqués Alzheimer avec ou sans antécédents de dépression. Ceux qui avaient souffert de dépression avaient des niveaux de dégénérescences neurofibrillaires (lésions cérébrales caractéristiques de la maladie d’Alzheimer) plus élevés que ceux n’ayant jamais eu de dépression. Les mécanismes responsables de cette augmentation ne sont pas connus. Source: Rapp MA. Increased Neurofibrillary Tangles in Patients With Alzheimer Disease With Comorbid Depression, Am J Geriatr Psychiatry 2008 Feb 16(2):168-174.)
Dans la deuxième étude, les chercheurs ont regardé si la relation entre dépression et maladie d’Alzheimer s’accompagnait d’une baisse de volume (on parle aussi d’atrophie) de régions cérébrale appartenant au système limbique*. Cette hypothèse de travail s’inspire des travaux de cette même équipe qui avait rapporté qu’une atrophie de l’hippocampe et de l’amygdale (deux régions limbiques) augmentait le risque de démence chez des personnes âgées saines (Arch Gen Psychiatry. 2006 Jan 63:57-62). Ils ont mené une large étude longitudinale au cours de laquelle ils ont examiné les antécédents de dépression de 503 patients âgés de 60 à 90 ans. La présence éventuelle de symptômes dépressifs durant l’étude a également été évaluée. Sur les 503 participants, 134 (26,6%) avaient eu des antécédents de dépression, répartis en deux catégories : 88 avec dépression précoce (c’est-à-dire avant l’âge de 60 ans), et 46 avec dépression tardive (après 60 ans). 33 des 503 patients ont développé une démence durant cette étude. L’analyse statistique démontre que ceux ayant souffert avant 60 ans d’une dépression ont une risque accru (+276%) de maladie d’Alzheimer, alors que ce risque est moindre (+ 134%) chez ceux ayant développé des symptômes à un âge tardif. Utilisant la technique d’imagerie par résonnance magnétique tridimentionnelle, ils se sont aperçus que l’augmentation du risque de maladie d’Alzheimer chez les personnes ayant eu des
antécédents de dépression à un âge précoce n’était pas due à une atrophie de l’hippocampe et de l’amygdale. Source: Geerlings MI et al. History of depression, depressive symptoms, and medial temporal lobe atrophy and the risk of Alzheimer disease. Neurology 2008 Apr 8 70(15):1258-64)
La maladie d'Alzheimer en bref
Les symptômes
L'oubli d'événements récents (c'est le principal symptôme; par exemple la personne donne l'impression de se répéter), des difficultés à effectuer des tâches familières, une perte d'orientation dans le temps et l'espace, des problèmes à trouver des mots ou à suivre une conversation, des changements d'humeur, de comportement et de personnalité, une perte de jugement.
Ces symptômes ont tendance à s'accentuer.
Un diagnostic précoce effectué par le proche est important.
Comment la maladie d'Alzheimer est diagnostiquée ?
Un examen médical (examen sanguin, analyse de l'urine, scanner, imagerie par résonnance magnétique, électrocardiogramme, électroencéphalogramme...), des tests neuropsychologiques et un examen psychiatrique sont effectués afin d'exclure éventuellement d'autres causes (dépression, alcoolisme…).
Ce qui cause la maladie d'Alzheimer
Les causes non se pas véritablement élucidées. L'âge et une histoire familiale de la maladie augmentent le risque qu'une personne développe la maladie.
Les traitements
Ils ne sont pas curatifs. Ils améliorent provisoirent les symptômes cognitifs (pertes de mémoire) et les troubles psychiques et comportement (dépression, suspicion, agressivité, résistance aux soins). L'entourage du malade joue également un rôle important en imposant des tâches routinières au patient.
La prévention
Bien qu'il n'existe aucun traitement préventif à propement parler, la communauté scientifique pense qu'une bonne alimentation (éviter les drogues et l'excès d'alcool qui endommagent le cerveau), une activité mentale (lecture, mots-croisés, apprentissage de nouvelles tâches afin de renforcer et créer de nouvelles connections entre les neurones du cerveau) et physique (marche sur une base quasi-quotidienne) et une vie sociale permettent de maintenir le cerveau en « bonne santé ».
Stéphane Bastianetto, Ph.D.
Mai 2008
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