|
La prise en charge des démences
Question
Etudiant en médecine à la faculté d'Alger, j'ai un sérieux
problème qui me préoccupe beaucoup: ma mère souffre
d'un syndrome démentiel depuis à peu près huit ans.
Ce syndrome est venu se greffer sur une insuffisance rénale
chronique diagnostiquée en 1989, entrainant une aggravation de son état
physique et psychique, sans oublier le retentissement sur l'équilibre familial
global.
Le début de ce syndrome semble remonter vers 1993 et a été
marqué par l'apparition de troubles de la mémoire récente avec des difficultés
à retrouver l'emplacement des objets familiers (ustenciles de cuisine...),
le tout évoluant de manière progressive.
Cette symptomatologie s'est aggravée avec l'apparition des
troubles de la reconnaissance des personnes familières, associés à des
troubles psychiatriques tels que des hallucinations visuelles et tactiles,
un délire de persécution, une désorientation temporo-spatiale, des accès
dépressifs, et des troubles du sommeil avec une inversion du cycle
nycthéméral.
La prise en charge thérapeutique de ma mère durant toute
l'évolution a été multidisciplinaire (neurologique, psychiatrique, et
néphrologique).
Des traitements aux anxiolytiques, neuroleptiques, et
antidépresseurs ont été appliqués suivant la progression de la maladie,
mais sans amélioration durable.
Un électroencéphalogramme a été fait en 2000 et en 2002
et a conclu à une souffrance cérébrale diffuse.
Un scanner cérébral a été fait à deux reprises
(2000 et 2002) concluant à une atrophie cortico sous-corticale.
Plusieurs examens complémentaires ont été faits dans le
but d'éliminer une affection organique, à savoir: une hypothyroïdie, une
syphilis, des étiologies toxiques, carentielles et neurochirurgicales.
Les neurologues ont retenu très probablement une étiologie
en rapport avec son insuffisance rénale chronique: encéphalopathie métabolique
d'origine urémique. Cependant, compte-tenu de l'irréversibilité de la démence
après les dialyses péritonéales, avec chute des taux d'urée et de créatinémie,
cette suspicion étiologique a été écartée.
Actuellement ma mère est dans un état grabataire, avec une
impotence fonctionnelle des membres supérieurs et l'apparition récente de
gémissements et d'ulcère gastrique de stress confirmée par une fibroscopie
digestive.
Etant donné l'état de ma mère et la responsabilité que je
porte envers elle, je me trouve obligé de lui procurer une amélioration
clinique et psychique et d'assurer un minimum de stabilité familiale.
Pourriez-vous me livrer un avis expérimenté en matière de
prise en charge des maladies démentielles ?
T.S., étudiant en médecine, Alger
Réponse
Cher Monsieur,
Il semble bien que les explorations diagnostiques ont été
complètes et bien faites. Malheureusement, dans ces conditions, seuls des
soins de nursing et de maternage peuvent être faits. L'accompagnement de ce
type de patients nécessite bien souvent une prise en charge en institution
gérontologique où la douleur peut être évaluée, suivie, et soulagée.
La famille est en partie protégée du risque d'épuisement psychique et
somatique.
Par ailleurs, il semble important qu'une réflexion éthique
puisse être approfondie pour donner du sens aux actes mis en oeuvre: pour
cela on peut vous conseiller le site web de l'espace éthique de
l'AP-HP.
Nous vous invitons à consulter l'article du Dr Jacqueline
ZINETTI, Psychiatre, Chef du Service de Psychogériatrie de l'Hôpital
BRETONNEAU (PARIS, 18 ème arrondissement) sur les expressions paradoxales
des demandes de la personne démente en fin de
vie.
Bibliographie:
CHARAZAC P.M.,La souffrance dans la vie psychique du dément,
in la Revue française de psychiatrie et de psychologie médicale, n° 19,
juin 1998
GALLARDA T., LOO H., Vieillissement cérébral et
hypofrontalité, in la Revue française de psychiatrie et de psychologie
médicale, n°34, janvier 2000
VERNY M., Diagnostic des démences en dehors de la démence
de type Alzheimer ?, in la Revue française de psychiatrie et de psychologie
médicale, n°7, avril 1997
LE CALVE S., Au sujet de la vie psychoaffective d'un
sujet âgé atteint de démence de type Alzheimer, in la Revue française
de psychiatrie et de psychologie médicale, n°42, novembre 2000
Remerciements:
Neuromedia remercie:
- Monsieur Claude-André LEPRESLE, Directeur du Centre de Formation de
l'hôpital Bretonneau,
- le Docteur Jacqueline ZINETTI, psychiatre, Chef du Service de
Psychogériatrie de l'Hôpital Bretonneau,
- le Dr Françoise ESCOUROLLE, gériatre à l'Hôpital Bretonneau pour la réponse apportée à la question.
L'hôpital Bretonneau est spécialisé dans les
maladies du grand âge (hospitalisation en gériatrie et en
psychogériatrie, hospitalisation de jour, consultations externes,
d'hospitalisation à domicile).
Coordonnées:
Hôpital Bretonneau
3, place Jacques Froment
75018 Paris
Téléphone: 01.53.11.18.00
Site web: http://bretonneau.ap-hop-paris.fr
|