Historique des troubles mentaux

Maladies

Voici quelques dates principales de l’évocation et la classification des troubles mentaux :

Philippe Pinel (1745-1826), psychiatre français, s’intéresse à la pathologie mentale de la personne âgée et son aspect invalidant. On lui doit la première classification des maladies mentales. Il regroupe les malades en quatre catégories : les maniaques, mélancoliques, idiots et déments.

Jean-Etienne Esquirol (1772-1840), psychiatre français, approfondit les travaux de Pinel : il établit les différentes formes de mélancolie, établit la distinction entre hallucinations et illusions et fait un parallèle entre folie et passions.

Joseph Daquin (1732-1815), psychiatre français, classe les aliénés en différents groupes : les fous à lier, les fous tranquilles, les extravagants, les insensés et les fous en démence.

1810: il existe des différences sur la notion de maladie mentale; trois écoles se distinguent : les écoles française, écossaise et anglaise.

Antoine Ritti (1844-1920), adresse un rapport (1895) sur les psychoses du sujet âgé.

Jules Seglas (1856-1939), psychiatre français, a particulièrement étudié la classification des troubles et des maladies (appelée nosographie) des psychoses incluant les délires et hallucinations.

Karl Ludwig Kahlbaum (1828-1899), psychiatre allemand, considère que la maladie mentale est un maladie se développant dans le temps.



1860: mise en évidence de l’existence d’une corrélation entre les fonctions mentales et les différentes parties du cerveau. Par exemple, Arnold Pick (1851-1924; République tchèque) montre que le dysfonctionnement du langage et des praxies est associé à des lésions des lobes temporal et frontal.

1887: S. Beljahow indique que les neurones du cortex cérébral de patients âgés souffrant de démence sont déformées et sous la forme de débris:

Emil Kraepelin (1856-1926), psychiatre allemand, distingue en 1889 les psychoses maniaco-dépressives des démences précoces. Il définit les états psychotiques comme une altération profonde de la conscience du sujet. Il publiera huit éditions de son Traité de psychiatrie de 1883 à 1909.

Emil Redlich (1866-1930), neurologue autrichien, décrit, en 1898, des plaques dans le cortex cérébral d’une femme de 78 ans ayant souffert d’une démence sénile. Il est probablement le premier à parler de ‘plaques séniles’.

Andre Leri (1875-1930), neurologue français, présente un rapport en 1906 dans lequel il décrit des lésions histologiques (ces lésions sont les plaques amyloïdes) qu’Alois Alzheimer qualifiera plus tard de caractéristiques de la maladie d’Alzheimer.

Alois Alzheimer (1864 – 1915), psychiatre allemand, suivit le cas d’une patiente de 51 ans atteinte d’une démence avec altérations cognitives, délire et hallucinations, jusqu’à sa mort en 1906. En examinant le cerveau, il découvrit des lésions histologiques (appelées plaques et dégénérescence neurofibrillaire) caractéristiques de la maladie d’Alzheimer. Alois Alzheimer publie un deuxième cas identique en 1911 chez une personne plus jeune.

1906 : Solomon C. Fuller (1872-1953), psychiatre américain, décrit la présence de dégénérescence neurofibrillaire dans la démence sénile.

Emil Kraepelin (1856-1926), propose par la suite de désigner ce type de démence par le nom de son collègue Alois Alzheimer.

1912: E. Kraepelin définit la « maladie d’Alzheimer » comme une démence pré-sénile rare affectant le sujet jeune, et qualifia de « démence sénile » les démences vasculaires du sujet âgé, provoquée par un manque d’oxygène (provoqué par une obturation des vaisseaux) dans le cerveau. L’idée de l’origine vasculaire de la démence sénile perdura jusque dans les années 1960, avec l’utilisation courante de termes tels quedémence artériopathique ou encore insuffisance vasculaire cérébrale.

Vers 1900, deux formes de démences sénile ont été identifiées : démence liée à l’artériosclérose (vieillissement des artères et artérioles qui se durcissent) et la démence subcorticale qui affecte les structures cérébrales situées sous le cortex.

Au début du XXème siècle, les personnes âgées présentant des troubles cognitifs et/ou comportementaux sont très souvent placées en institution contre leur gré jusqu’à leur décès. Vers 1930, Grégoire Halberstadt se consacra à l’étude clinique de le démence précoce.

1949 : publication de la 6ème révision (CIM-6) de la Classification statistique internationale des maladies, contenant pour la première fois une classification des troubles mentaux. La Classification internationale des maladies est publiée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS)

1952 : l’Association américaine de psychiatrie publie le premier Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) qui a pour but de créer une référence commune des troubles mentaux. En tout, cinq éditions seront publiées : le DSM I (1952), DSM II (1968), DSM-III (1980) et sa forme révisée DSM-III-R (1987), le DSM-IV (1994) et sa forme révisée DSM-IV-TR (2000). Une sixième édition (DSM V) est prévue en 2013.

Les troubles mentaux comprennent cinq axes :

Axe I : Les troubles majeurs cliniques : dépression, troubles anxieux, trouble bipolaire, trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité, troubles du spectre autistique, anorexie mentale, boulimie et schizophrénie.

Axe II : Les troubles de la personnalité et le retard mental : trouble de la personnalité paranoïaque, trouble de la personnalité schizoïde, trouble de la personnalité schizotypique, trouble de la personnalité borderline, trouble de la personnalité antisociale, trouble de la personnalité narcissique, trouble de la personnalité histrionique, trouble de la personnalité évitante, trouble de la personnalité dépendante, névrose obsessionnelle et retard mental.

Axe III : Aspects médicaux ponctuels et troubles physiques : ceux sont les lésions cérébrales et autres troubles médicaux/physiques qui peuvent aggraver les maladies ou symptômes existants.

Axe IV : Facteurs psychosociaux et environnementaux

Axe V : Échelle d’Évaluation Globale du Fonctionnement

Vers 1960 : réorganisation de la psychiatrie dans son ensemble; importance de l’aspect social de la prise en charge des malades; approche globale du patient qui tient compte des aspects psychologiques et sociaux.

1969 : premier manuel de gérontopsychiatrie publié par le psychiatre suisse Christian Müller.

Années 1970: les médecins réalisèrent que la majorité des démences séniles présentaient les caractéristiques de la maladie d’Alzheimer.

1974: Hachinski décrivit la démence par infarctus multiples, démence distincte de celle de type Alzheimer, et établit une échelle qui porte son nom (échelle adaptée par Loeb et Gandolfo, en 1983, après l’appui du scanner).

Début des années 1980: la prise en charge de la personne âgées fait l’objet d’une attention particulière de la part de la psychiatrie française. En 1981, un abrégé de psychogériatrie est publié en langue française par les psychiatres suisse C. Müller et Jean Wertheimer.

1981: introduction du terme de psychogériatrie définie comme la discipline médicale qui s’intéresse à la prévention des conséquences du vieillissement, à la psychologie de la pratique soignante, aux problèmes relationnels et comportementaux de l’entourage familial (aidant) et professionnel du patient. A ne pas confondre avec la psychogérontologie qui est la science qui cherche à comprendre, et éventuellement à corriger, le comportement de la personne vieillissante.

1990 : dixième révision de la Classification statistique internationale des maladies (CIM-10) avec son chapitre 5 sur les ‘troubles mentaux et du comportement’. Ce chapitre est articulé de la manière suivante :

1. Troubles mentaux organiques, y compris les troubles symptomatiques.
– Démence de la maladie d’Alzheimer (à début précoce, à début tardif, forme atypique ou mixte, sans précision).
– Démence vasculaire (à début aigu, par infarctus multiples, mixte, corticale et sous-corticale, sans précision).
– Démence associée à d’autres maladies classées ailleurs (maladie de Pick, maladie de Creutzfeldt-Jakob, maladie de Huntington, maladie de Parkinson, virus de l’immunodéficience humaine (VIH), autres maladies).
– Syndrome amnésique organique, non induit par l’alcool ou d’autres substances psycho-actives.
– Delirium, non induit par l’alcool ou d’autres substances psycho-actives (non surajouté à une démence, surajouté à une démence, sans précision).
– Autres troubles mentaux, dus à une lésion ou un dysfonctionnement cérébral, ou à une affection physique (exemples : état hallucinatoire organique, catatonie organique, trouble délirant organique, troubles de l’humeur, trouble anxieux organique, trouble dissociatif, labilité (asthénie) émotionnelle, trouble cognitif léger).
– Troubles de la personnalité et du comportement dus à une affection, une lésion et un dysfonctionnement cérébraux (exemples : syndrome post-encéphalitique, syndrome post-commotionnel).
– Trouble mental organique ou symptomatique, sans précision.

2. Troubles mentaux et du comportement liés à l’utilisation de substances psycho-actives.

3. Schizophrénie, troubles schizotypiques et troubles délirants.

4. Troubles de l’humeur (affectifs).
– Épisode maniaque.
– Trouble affectif bipolaire.
– Épisodes dépressifs.
– Troubles dépressifs récurrents. 
– Troubles de l’humeur persistants (exemples cyclothymie, dysthymie).
– Autres troubles de l’humeur.

5. Troubles névrotiques, troubles liés à des facteurs de stress et troubles somatoformes. – Troubles anxieux phobiques (exemples agoraphobie, phobies sociales).
– Autres troubles anxieux (exemples: trouble panique, anxiété généralisée).
– Trouble obsessionnel-compulsif.
– Réactions à un facteur de stress important, et troubles de l’adaptation.
– Troubles dissociatifs.
– Troubles somatoformes.
– Autres troubles névrotiques (exemple neurasthénie).

6. Syndromes comportementaux associés à des perturbations physiologiques et à des facteurs physiques.

7. Troubles de la personnalité et du comportement chez l’adulte.

8. Retard mental.

9. Troubles du développement psychologique.

10. Troubles du comportement et troubles émotionnels apparaissant habituellement durant l’enfance et l’adolescence.

11. Trouble mental, sans autre indication.

1994: Hachinski avança le concept de « troubles cognitifs vasculaires » englobant la démence vasculaire. Selon lui, la démence vasculaire n`est pas à proprement parler un syndrome démentiel tel qu’il est défini pour la maladie d’Alzheimer.

1999: publication du livre ‘Psychiatrie du sujet âgé’ (auteurs Jean-Marie Léger, Jean-Pierre Clément, Jean Wertheimer).

2003: O’Brien et coll. proposent le terme de troubles cognitifs vasculaires (en anglais vasculaire cognitive impairment), qui englobe les différentes formes de lésions vasculaires. Ces troubles ne s`accompagnent pas nécessairement d`une démence.

2004: Roman et coll. proposent le terme de « maladies cognitives vasculaires ». Ce terme englobe les notions de déficit cognitif vasculaire et de démence vasculaire. Le déficit cognitif vasculaire fait référence au concept de « déclin cognitif léger » (un stade précédent souvent une maladie d’Alzheimer), et se limite donc à des patients non-déments.