Maladie d’Alzheimer : cas pratique

Cas pratiques

Voici le cas pratique d’une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer, avec déclin persistent des fonctions cognitives et un changement de personnalité.

Première évaluation

Une femme de 75 ans est emmenée par son mari dans un centre de consultation de la mémoire car elle se plaint de troubles de mémoire. Son mari indique au personnel soignant avoir remarqué, il y a cinq ans, que sa femme avait de la difficulté à manipuler et utiliser une caméra vidéo ou à préparer un dîner pour des invités. Il a également remarqué il y a deux ans que sa femme ne sortait plus faire des courses sans écrire une liste détaillée d’articles à acheter. Elle oubliait souvent les conversations qu’elle avait eues avec son lui. Six mois avant de se présenter à la clinique, son mari s’aperçut que sa femme, excellente joueuse de bridge, ne se souvenait plus des cartes qu’elle avait jouées. Aucun autre problème ne semblait avoir été remarqué par son mari (parole, fonction visuelle et spatiale, comportement, humeur).

Antécédents médicaux

Hypertension traitée avec un inhibiteur de l’enzyme de conversion de l’angiotensine (Captopril). Elle était également traitée aux oestrogènes et prenait régulièrement des suppléments vitaminés et de l’extrait de ginkgo biloba. Rien d’autres de notable à signaler (antécédents familiaux, vie sociale et examen général normaux).

Examen cognitif

Son score au mini-examen de l’état mental (MMSE) est de 28 sur 30 (elle n’a pu répondre à deux questions de rappel). Son score au test de séquence de chiffres consistant à reproduire des chiffres, soit dans l’ordre où ils sont présentés, soit dans l’ordre inverse, est respectivement de 6 et 5, indiquant que sa capacité d’attention est normale [une personne dont la capacité d’attention est correcte retient en moyenne 7±2 chiffres (pour la séquence dans l’ordre) et 5±1 chiffres (pour la séquence inversée). Le langage est normal pour ce qui a trait à l’expression orale et la compréhension. Elle a pu nommer 16 animaux en une minute (le nombre moyen pour une personne saine est de 19; le nombre minimal pour une personne saine est de 12). Sa lecture et son écriture étaient normales. Elle a par la suite réalisé le test des 10 mots consistant à se rappeler d’une liste de 10 mots qui lui ont été présentés trois fois. Son score a été respectivement de 4,6, et 8 mots à chacune des trois présentations. Après que l’examinateur a fait passer une épreuve de courte durée (5 minutes) afin de lui détourner l’attention (par exemple le test de l’horloge ou un test de calcul mental), elle a réussi a se rappeler d’un seul mot sur 10 (son score au rappel différé est donc de 1 sur 10).

Habiletés visuelles et spatiales

Elle a pu recopier correctement un cube en trois dimensions, avec cependant quelques erreurs stratégiques.

Fonctions exécutives

La personne a pu correctement effectuer une addition et une multiplication à deux chiffres. Aucun dysfonctionnement des lobes frontaux n’a pu être décelé lors de l’entrevue (aucune forme de persévérance dans l’erreur). En revanche, l’examinateur a pu noter quelques hésitations et difficultés à répondre.

Examens de laboratoires

Hormone thyroïdienne, examen sanguin, niveaux de vitamine B12, taux de globules rouges).

Les examens sont normaux.

Diagnostic

Les résultats aux tests neuropsychologiques ont été accompagnés d’examens par neuroimagerie, à savoir une imagerie par résonance magnétique en 3 dimensions (IRM-3D) et une tomographie par émission de positon (TEP) en utilisant le [18F]-fluorodéoxyglucose. Les tests de mémoires révélèrent un déficit dans l’encodage* et le stockage de l’information, avec des scores en dessous de la moyenne (en tenant compte de son âge et de son éducation). Les résultats aux tests de fonctions exécutives furent mitigés. Le test de fluence verbale consistant à nommer le plus grand nombre d’animaux en une minute aboutit à un résultat correct.

* Encodage : processus par lequel une information est mise en mémoire afin d’être stockée (stockage) puis récupéré (récupération).

Aucun diagnostic de démence n’a été posé (selon les critères du Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, 4me Edition). En revanche, cette personne souffre spécifiquement d’un trouble mnésique, avec un déficit de l’encodage et du stockage de l’information. Un suivi est nécessaire.

Deuxième évaluation

La patiente retourna 9 mois après pour effectuer un second examen. Voici résumés les résultats :

Mémoire

Le score au MMSE est de 27 sur 30 (une note supérieure à 27 est jugée correcte). Déclin progressif de la mémoire visuelle et verbale, avec un score de 2 unités en dessous de la moyenne.

Fonctions exécutives

Difficultés à préparer les repas, à effectuer des paiements par chèque, et régler des factures.

Langage

Le score au test de fluence verbale est correct, mais toujours en dessous de la moyenne pour une personne saine (nombre d’animaux donnés = 15).

Personnalité/humeur

Anxiété d’intensité modérée, observée par son mari.

Un diagnostic de maladie d’Alzheimer (stade léger) a été posé, malgré un score au MMSE correct. Les domaines suivant sont affectés : mémoire (plus précisément une incapacité à apprendre une information), fonctions exécutives et personnalité.




La 2ème évaluation effectuée a permis de constater que ces domaines se sont aggravés avec le temps. Ces troubles d’apprentissage validés par les tests sont dus à des lésions du lobe temporal médian observées par IRM-3D et TEP.

Pour rappel : les troubles de récupération de l’information, contrairement aux troubles d’encodage, sont reliés à un dysfonctionnement du lobe frontal. Ils sont observés dans les démences sous-corticales (par exemple la démence à corps de Lewy).

Ce diagnostic a pu être posé grâce au suivi du patient chez qui les cinq domaines (mémoire, langage, fonction visuelle et spatiale, fonctions exécutives, personnalité/humeur) ont été réévalués 9 mois après la première visite. Cette deuxième évaluation a permis de confirmer le déclin persistent des fonctions cognitives, de déceler un changement de personnalité (ex. anxiété) et d’observer une aggravation des lésions cérébrales par neuroimagerie.

La communauté médicale recommande fortement d’effectuer un suivi des patients si les plaintes relevées lors d’une première évaluation persistent. Ce suivi s’effectue en général entre 9 et 12 mois après la première évaluation.