Maladie d’Alzheimer (1)

Cas pratiques

En septembre 2006, un homme de 76 ans, ouvrier de profession, est venu consulter un médecin gériatre pour des troubles mnésiques accompagnés de symptômes dépressifs (il a souffert du deuil de sa soeur).

Cette visite fait suite à une opération chirurgicale (janvier 2006) et une visite chez un psychiatre (mai 2006).

Lors du test d’évaluation de la mémoire épisodique1 (test de Grober et Buschke) consistant à apprendre et retenir une liste de 8 mots (le test de Grober et Buschke dans sa version longue), le patient commet deux intrusions (le patient nomme des mots ne figurant pas sur la liste). De plus, le passage du test de l’horloge), semble évoquer un problème sémantique, malgré une capacité visuelle et spatiale correcte.

1 Mémoire épisodique: mémoire des événements de la vie personnelle.

Le médecin émet l’hypothèse d’un déficit des structures cérébrales impliquées dans la mémoire épisodique (hippocampe) car le patient présente un problème lors de l’encodage (l’encodage est la première étape de la mémoire. L’information obtenue par un stimulus est mise en mémoire avant d’être stockée).

Malgré un discours fluide, la fluence sémantique est faible avec un score de 12 mots2, suggérant une anomalie des structures frontales et temporales de l’hémisphère gauche dominant pour le langage. De plus, le patient a obtenu un mauvais score au test d’évaluation de la mémoire de travail.

2 Le patient doit donner en deux minutes des noms qui appartiennent à une même catégorie (en l’occurrence des animaux) qu’il connaît. Une personne de 76 ans n’ayant pas un niveau de scolarité élevé donne en moyenne 19 noms d’animaux en deux minutes.

En revanche, le patient ne souffre pas d’apraxie, de trouble de l’attention, arrive à conceptualiser et s’oriente bien dans le temps et l’espace.

Un an plus tard, le patient consulte de nouveau le médecin gériatre suite aux inquiétudes de sa femme qui le trouve apathique et détaché des joies de la vie quotidienne. Des tests neuropsychologiques sont effectués. Le patient a du mal à nommer le jour de la semaine et du mois (désorientation temporelle).

Mémoire épisodique (test de Grober et Buschke) : le patient présente un problème lors de l’encodage. Il a du mal à se rappeler des mots que l’on vient juste de lui présenter (rappel immédiat). De plus, le patient commet cette fois-ci huit intrusions. Le neuropsychologue décide de ne pas effectuer les deux autres parties (i.e. épreuve interférente et rappel différé) du test afin de ne pas aggraver l’état d’anxiété dans lequel se trouve le patient. Le neuropsychologue émet l’hypothèse que le patient souffre de troubles de mémoire à court-terme affectant le lobe temporal.

Fonctions exécutives : le patient a des difficultés de conceptualisation et de planification d’après le test de la Figure de Rey3. Sa fluence littérale est faible.

Le neuropsychologue émet l’hypothèse que le patient souffre de troubles des fonctions exécutives affectant le lobe frontal.

3 Le test de la figure de Rey est un test rapide consistant à reproduire de mémoire une figure géométrique complexe et sans signification évidente. Il évalue l’activité perceptive de la personne (qu’elle soit un adolescent ou une personne âgée), ainsi que sa mémoire et son attention.

De plus, malgré une bonne compréhension des phrases et un discours fluide, le patient a de la difficulté à nommer les objets qu’on lui présente sur des fiches, confirmant une atteinte des aires frontales et temporales du langage de l’hémisphère gauche.

Enfin, son épouse estime que son mari a de la difficulté à vivre dans le quotidien (faire des courses, payer des factures).

Suite à ces observations, un diagnostic de maladie d’Alzheimer possible4 est posé.

4 Trois diagnostics sont possibles : maladie d’Alzheimer possible, probable ou certaine.