Thérapie hormonale

Soins et prévention

La prise de suppléments d’oestrogènes avant ou au début de la ménopause protège le cerveau des femmes, ce qui peut réduire leur risque de développer une démence.

La thérapie hormonale* est un traitement des troubles liés à la ménopause. Elle consiste à prescrire des hormones sexuelles – estrogènes et progestérone afin de compenser la chute de leur taux sanguin.

Le traitement hormonal est souvent prescrit sous forme de comprimés oraux (c’est la manière la plus répandue), en version transdermique (timbre, crème ou gel) ou vaginale (anneau, crème ou suppositoire), en implant ou en injection.

*Egalement appelée hormonothérapie substitutive, traitement hormonal de la ménopause ou thérapie hormonale de remplacement.

L’hormonothérapie bénéfique ? Tout dépend quand le traitement commence

L’estradiol protège la régions impliquée dans la mémoire chez les femmes ménopausées

La thérapie hormonale protègerait le cerveau des femmes qui viennent juste d’être ménopausées, en empêchant la mort neuronale dans certaines régions du cerveau.

L’étude randomisée publiée en 2014 par des chercheurs de l’université de Stanford (États-Unis) démontre que l’efficacité de l’hormonothérapie chez la femme à risque de démence dépend de la période entre l’apparition de la ménopause et le début du traitement. Cette période doit être la plus courte possible.

« Les oestrogènes provenant de suppléments peuvent avoir un effet positif sur la démence, à condition que les femmes commencent assez tôt leur traitement », explique l’auteur principal de l’étude.

Les chercheurs ont observé que l’estradiol préserve le métabolisme des régions du cerveau situées dans la région de l’hippocampe, une structure associé à la mémoire et à l’apprentissage et particulièrement affectée dans la maladie d’Alzheimer.

Cette préservation du métabolisme reflète le pouvoir de l’estradiol de protéger les neurones. Elle n’est possible que lorsque les femmes commencent leur traitement au plus tard un an après le début de leur ménopause. Cette activité décline significativement chez celles qui ont arrêté leur traitement.

Fait intéressant: les changements métaboliques dans ces régions sont préservées pendant plusieurs années, bien avant que les symptômes cognitifs n’apparaissent.

Si ces résultats sont reproduits sur un échantillon plus important de femmes ménopausées, l’hormonothérapie pourrait devenir un traitement préventif de choix de manière plus générale.

 

L’effet protecteur de l’estradiol sur l’hippocampe confirmé

Dans une autre étude publiée en 2015, Un échantillon de 80 femmes norvégiennes qui avaient pris des suppléments d’œstrogènes à la ménopause a été comparé à celui de 80 femmes qui n’en avaient pas pris. Il est à rappeler qu’après la ménopause, les niveaux d’oestrogènes baissent significativement.

L’analyse du cerveau par neuroimagerie (technique d’imagerie par résonance magnétique) indique que celles qui avaient pris des suppléments d’oestrogènes ont un hippocampe plus volumineux. L’hippocampe est l’une des structures les plus importantes pour l’apprentissage, la mémoire et l’orientation, et la principale structure endommagée au début de la maladie d’Alzheimer.

Les conclusions de cette étude montrent donc que l’augmentation des niveaux d’oestrogènes augmente le volume de l’hippocampe. Il n’existe à ce jour aucun médicament qui empêche ou ralentit la progression de la maladie d’Alzheimer. L’accent est actuellement mis sur des stratégies visant à prévenir ou retarder l’apparition de la démence.

L’estradiol réduit le risque de démence

En 2010, des chercheurs avaient egalement montré Les femmes ayant commencé un traitement hormonal juste avant la cinquantaine ont un risque réduit (-26%) de démence, alors que ce risque augmente de 48% lorsque ce traitement commence à un âge avancé (76 ans en moyenne). Ces résultats sont basés sur le diagnostic de démence posé sur 1524 femmes, comparés aux sujets n’ayant jamais pris d’hormones.

Cette étude a cependant une lacune: les chercheurs ne connaissent ni la durée du traitement chez les femmes ayant été traitées juste avant la cinquantaine, ni le type d’hormone et la dose utilisée (à cette époque, les données n’étaient pas systématiquement enregistrées).

Ces données font partie d’une étude de grande envergure entreprise par le centre de recherche californien Kaiser Permanente Northern California, dont l’objectif est d’identifier les facteurs de risque de démence à partir de la compilation de données médicales provenant de milliers de patients.

Les études qui ont effrayé les femmes

Jusqu’en 2002, de nombreuses femmes ont pris des suppléments d’oestrogènes pendant et après la ménopause, afin de réduire les bouffées de chaleur, l’ostéoporose et prévenir les maladies cardiovasculaires.

Par la suite, le nombre de femmes prenant des suppléments a chuté de façon spectaculaire, du fait de la publication de plusieurs études affirmant que les inconvénients du traitement à long terme prévalaient sur les avantages.

Une d’entre elles incluant 16 000 femmes a montré que la combinaison d’œstrogènes et d’un progestatif augmentait le risque de maladies du cœur et du cancer du sein.

Peu de temps après, un journal scientifique réputé (Journal of the American Medical Association) publiait une étude portant sur 44 000 femmes et suivies pendant 20 ans, indiquant que la thérapie à base d’oestrogènes augmente le risque de cancer de l’ovaire si le traitement persisté plus de 10 ans.

Certains risques augmentent, d’autres sont réduits

« Il est vrai que le risque de certains cancers augmente avec les oestrogènes, mais nous savons aussi, par exemple, que le risque de fractures de la hanche et du cancer colorectal diminue avec leur utilisation », explique le Dr Pintzka.

La question est de savoir si les conclusions des études américaines peuvent être extrapolables aux femmes norvégiennes. En effet, les femmes ayant participé aux études américaines ont commencé à prendre des suppléments d’oestrogènes à un âge plus avancé, qui de surcroît sont différents de ceux utilisés en Europe.

Des études plus récentes suggèrent que l’augmentation des niveaux d’oestrogènes a des effets protecteurs sur le cerveau si le traitement commence autour de la ménopause, et que ce même traitement pourrait être inefficace, voire nocif, si celui-ci débute plusieurs années après la ménopause. Ainsi, l’étude Women’s Health Initiative Study of Cognitive Aging (WHISCA) de 2003 suggère que l’hormonothérapie est délétère chez la femme ménopausée, avec une augmentation significative du risque de démence et de trouble cognitif léger (Shumaker et al., 2003) et une diminution du volume de l’hippocampe, la région clé de la mémoire (Resnick et al., 2009). En 2013, un chercheur publia un article indiquant que les effets bénéfiques de l’hormonothérapie dépendent de la période à laquelle elle a été appliquée, confirmant l’hypothèse émis par d’autres collègues (Maki, 2013). En effet, il constata que les participants à l’étude WHISCA présentaient la particularité d’être âgés de plus de 65 ans.

Si les femmes décident de suivre un traitement avec des oestrogènes, elles doivent commencer assez tôt pour bénéficier de l’effet positif sur le cerveau.

Sources

Pintzka CW et coll. Perimenopausal hormone therapy is associated with regional sparing of the CA1 subfield: a HUNT MRI study. Neurobiol Aging. 36(2015):2555-62.

Prospective Randomized Trial to Assess Effects of Continuing Hormone Therapy on Cerebral Function in Postmenopausal Women at Risk for Dementia. PLoS ONE, 2014; 9 (3): e89095

Maki P.M. Critical window hypothesis of hormone therapy and cognition: a scientific update on clinical studies. Menopause, 20 (2013), pp. 695–709.

Miranda P. et coll.  Granule cells in aging rats are sexually dimorphic in their response to estradiol. J. Neurosci., 19 (1999), pp. 3316–3325.

Pintzka CW et coll. Perimenopausal hormone therapy is associated with regional sparing of the CA1 subfield: a HUNT MRI study. Neurobiol Aging. 36(2015):2555-62.

Resnick S.M. et coll. Postmenopausal hormone therapy and regional brain volumes: the WHIMS-MRI Study. Neurology, 72 (2009), pp. 135–142

Shumaker S.A. et coll.  for the WHIMS Investigators. Estrogen plus progestin and the incidence of dementia and mild cognitive impairment in postmenopausal women. JAMA, 289 (2003), p. 2651