Délire (1re partie)

Maladies

Définition

Les troubles délirants (ou délire) sont des manifestations cliniques au cours desquelles le patient ne contrôle pas la réalité des choses et a la conviction de détenir la vérité (délirer vient du latin  » deliro  » : s’écarter du sillon, de la ligne droite).


Cette mauvaise interprétation de la réalité est confirmée par l’entourage du patient lors de l’examen médical.

Malgré la cohérence des idées et l’irréalité des faits, il est impossible de raisonner le malade.

Les troubles délirants ne doivent pas être confondus avec:

  • les hallucinations que l’on retrouve chez les patients schizophrènes (maladie psychiatrique caractérisée par des psychoses). (Halluciner vient du latin  » hallucinor  » : divaguer, rêver);
  • le delirium (également appelé épisode confusionnel aigü) qui se caractérise par une incohérence des idées, et une altération de la conscience.

Le délire est-il fréquent chez les personnes âgées ?

Il est difficile d’évaluer leur fréquence car, d’une part, le nombre d’études est limitée et, d’autre part, la notion de personne âgée varie d’une étude à l’autre.

On estime cependant que 4% des individus de 65 ans et plus vivant dans la communauté ont des idées de persécution (voir ci-dessous les différents thèmes du délire). La prévalence serait de 10 % chez les individus âgés de 65 ans et plus admis en milieu hospitalier.

Une autre étude rapporte une fréquence de 7% d’idées délirantes chez les 85 ans et plus.

Les facteurs qui augmentent le risque de délire

Le déclin cognitif semble être le facteur de risque essentiel.

Il existe également des facteurs biographiques, sociaux ou psychologiques qui favorisent l’apparition d’un délire:

  • L’isolement et la solitude (célibat, veuvage).
  • Le manque de tissu social et le repli sur soi (personnalité schizoïde).
  • L’attitude de l’entourage.
  • Le sentiment d’insécurité.
  • Un faible niveau socio-économique.
  • Un faible niveau de scolarité.

A ces facteurs s’ajoutent des déficits sensoriels (auditifs et visuels) et une personnalité paranoïaque ou schizoïde (personnalité qui a tendance à se replier sur elle-même).

Les femmes sont plus touchées que les hommes (les trois quarts sont des femmes), du moins à l’âge avancé.

Délire vieillissant versus délire d’apparition tardive

Il existe deux formes de délire :

1. Le délire diagnostiqué à l’âge adulte et qui persiste durant la vieillesse. L’intensité du délire a tendance à s’estomper.

2. Le délire qui apparaît à l’âge avancé (ou délire d’apparition tardive), c’est-à-dire après 65 ans. Le début est insidieux et s’accompagne parfois d’hallucinations. Cette forme est associée ou non à une affection cérébrale telle que la maladie d’Alzheimer, une démence vasculaire , une dépression , un trouble bipolaire.

A l’âge avancé, les médecins distinguent donc les délires fonctionnels des délires provoqués par une maladie neurologique.

Quels sont les thèmes récurrents des troubles délirants ?

Les thèmes délirants représentent la base sur laquelle les délires se développent.

Ces thèmes sont ceux de la persécution, du préjudice, de l’intrusion, de la jalousie, de mégalomanie…Ils sont centrés sur sa personne, son corps, sa famille, ses voisins et ses biens.

La persécution

Ce thème est le plus courant. Le sujet est persuadé d’être persécuté, surveillé ou menacé, persuadé de l’existence d’un complot.

Le préjudice

Le patient a peur de perdre sa propriété, sa santé et sa réputation. Le patient est triste et inquiet. Il critique son entourage. Il pense que l’on pénètre dans sa maison et qu’il risque de perdre sa propriété. Il s’isole et fuit son voisinage.

La ruine, le vol

Le patient est convaincu d’être ruiné, volé, abandonné par son proche.

Concernant le délire de vol, une attitude d’empathie de la part du proche est souvent la plus efficace des thérapies. L’aidant aide le patient à chercher l’objet sensé avoir été volé, ce qui a pour conséquence de le rassurer.

La jalousie

Le partenaire sexuel du sujet lui est infidèle. Il cherche à déceler l’organisation de signes d’amitié et ne cesse d’enquêter sur celui qu’il soupçonne de l’abandonner.

L’hypochondrie

Le patient pense être ‘persécuté’ par ses organes ou organismes vivants. C’est le cas par exemple du syndrome d’Eckbom, un état durant lequel le patient a la conviction qu’il est infesté par des petits animaux (insectes, parasites) qui se développent sur ou dans la peau. Beaucoup de ces patients souffrent de psychose maniacodépressive ou de délire paranoïde.

La mégalomanie

Le patient a une idée exagérée de sa propre valeur, de son pouvoir et de ses connaissances. Il pense avoir une relation exceptionnelle avec une personne célèbre. Ce thème est fréquent dans les manies délirantes.

Érotomaniaque

Le patient croit qu’il est aimé d’une personne, habituellement d’un niveau plus élevé.

Syndrome de Charles Bonnet

Il survient après une intervention ophtalmologique (provoquée par exemple par une occlusion oculaire brutale), ou chez les patients souffrant de rétinopathie, de cataracte, ou lorsque l’aire visuelle associative est affectée (dans le cas des démences). Il se caractérise par des hallucinations visuelles, colorées riches en détails représentant des personnages ou d’animaux qui ne sont pas menaçants. Les facteurs déclencheurs sont une baisse du niveau de conscience ou une faible luminosité ambiante.

Folie à deux

Syndrome délirant impliquant un couple (mari-femme; père-fille, mère-fille) au cours duquel un des deux partenaires, shizophrénique et de caractère dominant, transmet son délire à son partenaire ayant un handicap physique (ou intellectuel) et une personnalité passive-dépendante. Parfois, le partenaire passif-dépendant est aussi psychotique (on parle alors de folie simultanée).

Comment le médecin diagnostique le délire ?

Le médecin s’appuie sur les critères diagnostiques issus du manuel de psychiatrie américain DSM IV (utilisé en Amérique du Nord) et de la Classification statistique internationale des maladies et des problèmes de santé connexes, 10e révision (CIM-10, Organisation Mondiale de la Santé), plutôt utilisée en Europe.

En résumé, les troubles délirants sont classés avec les troubles psychotiques observés dans la schizophrénie:

– Schizophrénie paranoïde, désorganisée, catatonique, indifférenciée…

– Trouble psychotique bref.

– Trouble psychotique partagé (folie à deux).

– Trouble psychotique secondaire à une affection médicale générale.

– Troubles délirants.

– Troubles délirants persistants (paraphrénie* tardive, paranoïa d’involution**) : il englobe toutes les affections comportant un délire accompagné d’hallucinations, en particulier auditives.

Paraphrénie* : délire imaginatif s’organisant autour des thèmes de la grandeur, de la persécution, de la mélancolie, du mysticisme…

Paranoïa d’involution** : délire de revendication apparaissant tardivement.

Le médecin doit tenir compte de la personnalité du patient, de son passé, de son environnement social et affectif et des facteurs somatiques.

Le médecin interroge le patient et son entourage afin de situer l’âge auquel les symptômes sont apparus.

Il cerne la personnalité du patient, son humeur, ses antécédents médicaux, et identifie les thèmes du délire.

L’examen neurologique permet de savoir si une affection cérébrale est à l’origine du délire.