Restriction calorique

Nutrition

Limiter son apport calorique peut-il avoir un effet bénéfique sur le cerveau ?

…Peut-être si l’on en croit une étude [1] réalisée chez 1000 personnes âgées de 75 ans sur une période de quatre ans.

Ces résultats ont montré que :

  • Un faible apport énergétique et une alimentation à faible teneur en lipides diminuent la probabilité d’avoir une démence de type Alzheimer.
  • Cet effet n’est bénéfique que chez les personnes à risque, porteuses du gène codant pour la forme E4 de l’apolipoprotéine [2].

Quels en seraient les mécanismes ?

Des travaux (que nous détaillerons plus tard) menés en parallèle chez les rongeurs soumis à une restriction calorique indiquent que leurs cerveaux resistent mieux aux attaques (comparé aux rongeurs ayant une alimentation normale). La restriction calorique limiterait la production de molécules toxiques (tels que les radicaux libres) et, à l’inverse, stimulerait celle de molécules protectrices (tel que le facteur de croissance NGF) pour le cerveau.

Quand bien même ces résultats seraient à confirmer, on ne saurait trop conseiller aux aînés de surveiller leur alimentation, sans pour autant mener une vie ascétique…

Quelques notions sur l’apport énergétique

Le métabolisme des nutriments (protides, glucides, lipides) fournissent des calories dont le total correspond à l’apport énergétique. Ainsi: 

   – 1 g de protides fournit 4 cal 
   – 1 g de glucides fournit 4 cal 
   – 1 g de lipides fournit 9 cal

Par comparaison 1g d’alcool fournit 7 Kcal tandis que l’eau, les vitamines et les minéraux n’en apportent aucune.

Un apport énergétique journalier pour une personne âgée en bonne santé est évalué entre 20-30 calories par un kg de poids corporel. Idéalement, cet apport est réparti de la façon suivante : 

   – 50-55 % provenant des glucides (en particulier les glucides dits complexes) 
   – 12-14 % provenant des protides 
   – 30 % provenant des lipides

Notes

1 Référence : Luchsinger et coll. Caloric intake and the risk of Alzheimer, Archives of Neurology, 2002, 59, 1258-1263

2 Dans cette étude, les personnes à risque sont des personnes ayant une forme « déficiente » d’une protéine (une protéine est un constituant majeur des cellules) appelée apolipoproteine E. 

L’apolipoprotéine E (en abrégé apoE) transporte les lipides indispensables à la cellule du cerveau. 

L’apolipoprotéine E est produite chez l’Homme sous l’une des trois formes: 
   – la forme la plus courante appelée apoE3 (présente chez 70 à 80 % de la population); 
   – la forme la moins courante appelée apoE2 (présente chez 5 % de la population); 
   – la forme « déficiente » appelée apoE4 (présente chez 10 à 20% de la population). 

Les personnes possédant la forme apoE4 ont plus de risque d’être atteintes de la maladie d’Alzheimer que celles possédant la forme apoE2 ou apoE3.

Mars 2012. Alors qu’il est très probable que l’obésité rend le cerveau plus vulnérable aux maladies neurodégénératives (maladies d’Alzheimer et de Parkinson), une étude italienne (Université catholique du Sacré Cœur à Rome) confirme qu’une restriction calorique a un effet bénéfique non seulement sur la santé en général mais aussi sur les neurones, en protégeant ces dernier des effets néfastes du vieillissement.

En privant les souris de 30% de la nourriture habituellement absorbée, les chercheurs italiens ont non seulement permis de prolonger la vie de ces rongeurs mais aussi d’améliorer leur performance cognitive.

Selon les auteurs de l’étude, «La restriction calorique permet la libération d’une molécule (NDLR CREB1) qui joue un rôle essentiel dans le bon fonctionnement des cellules cérébrales», et de rajouter : «Cette découverte comporte des implications importantes sur le développement de nouveaux médicaments visant à activer la molécule CREB1 sans avoir à réduire l’apport en calories, et ainsi à prévenir le processus de vieillissement».

Source: Proc Natl Acad Sci U S A. 2012;109(2):621-6.