Trouble bipolaire

Cas pratiques



Une patiente âgée de 70 ans a été conduite dans un établissement pour personnes âgées dépendantes, car elle souffrait d’un isolement social et familial, et cela malgré une bonne autonomie. Elle venait de prendre sa retraite de cadre d’une grande entreprise il y a 10 ans. Ses antécédents psychiatriques se résument à des épisodes majeurs de dépression, dont le premier à l’âge de 45 ans suite à un divorce.




Ce suivi a permis de mettre à jour l’existence d’un trouble de personnalité de type histrionique (dépendance affective, expression émotionnelle superficielle et rapidement changeante, exagération de l’expression émotionnelle, changement fréquent d’humeur; crises de colère; ces symptômes conduisent à une perturbation des relations interpersonnelles et à un isolement).

Sa fille a souffert également d’un épisode de dépression majeur, suggérant l’existence d’une composante génétique.

A l’âge de 75 ans, elle est de nouveau diagnostiquée pour une dépression majeure et traitée avec un antidépresseur (inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine de type Prozac) .

A 80 ans, elle est hospitalisée dans une clinique psychiatrique pour une récidive d’épisode dépressif majeur et traitée avec le même médicament. Deux semaines après, apparaissent une altération de la vigilance majeure accompagnée d’un état anxieux et une dysarthrie (le patient a des difficultés à parler et à émettre des sons), suggérant un état confusionnel. Elle est alors transportée vers une unité spécialisée. Aucun épisode maniaque n’a été mis en évidence.

La tomodensitométrie (scanner) cérébrale montre des signes de leucopathie vasculaire (troubles de la microvascularisation du cerveau; ce dernier est mal irrigué par les artérioles et les capillaires).

Deux hypothèses sont émises: confusion iatrogène (c’est-à-dire provoquée par l’antidépresseur) et/ou l’existence d’un trouble dépressif avec phase maniaque.

Le médecin arrête le traitement à l’antidépresseur pensant que l’état confusionnel est provoqué par ce médicament. Cependant l’état de la patient s’empira, et il apparut rapidement des troubles du comportement (par exemple agitation), suggérant plutôt l’existence d’un épisode thymiques de type maniaque.

Un antipsychotique atypique fut prescrit (olanzapine), entraînant une stabilisation du comportement au bout de quelques jours. L’olanzapine a été maintenue pendant trois mois, puis le médecin prescrivit du divalproate de sodium afin de prévenir les troubles thymiques de type maniaque en remplacement de l’olanzapine.

Un bilan cognitif doit être réalisé régulièrement afin de vérifier que le patient ne souffre pas d’une pathologie neurodégénérative débutante (par exemple une maladie d’Alzheimer).

Cette patiente appartient probablement à un sous-groupe de patients ayant souffert, vers la quarantaine, de troubles dépressifs récurrents en l’absence d’épisodes maniaques, ces derniers apparaissant à un âge plus avancé.

Episodes thymiques

Les épisodes thymiques représentent une des trois formes de troubles de l’humeur avec les troubles dépressifs et les troubles bipolaires. Les épisodes thymiques incluent des épisodes dépressifs majeurs, maniaques, mixtes et hypomaniaques.

Les troubles de l’humeur sont souvent sous-évalués car la personne âgée a tendance à ne pas verbaliser sa tristesse. Les symptômes peuvent être masqués par des problèmes somatiques ou peuvent apparaître de manière atténuée (c’est le cas par exemple des épisodes maniaques). Les épisodes maniaques peuvent aussi prendre l’apparence d’une confusion, voire d’une démence lorsque prédominent les troubles cognitifs et comportementaux (délire, agitation, désorientation spatiale et temporelle).