On se prépare à la facture, aux retards, à l’entrepreneur qui ne rappelle pas. On pense beaucoup moins à ce que quelques semaines de travaux font au corps des gens qui vivent dans le logement. Pourtant, après quelques jours de perceuse à huit heures, de poudre blanche sur les comptoirs et d’odeur de colle dans le corridor, bien des gens racontent la même chose : ils dorment mal, ils s’énervent pour rien, ils toussent ou ont le nez bouché sans être malades. Un chantier touche trois choses à la fois, le sommeil, l’humeur et la respiration, et elles s’influencent les unes les autres.
Le bruit ne s’arrête pas quand les ouvriers rentrent chez eux
Pour bien dormir, l’Organisation mondiale de la santé recommande de ne pas dépasser environ 30 décibels dans la chambre. Un marteau-piqueur, une scie circulaire ou même une simple perceuse en sont très loin, et il n’est pas nécessaire que le bruit soit présent la nuit pour qu’il pèse sur le sommeil. Le corps réagit à un bruit fort comme à une alerte : il sécrète de l’adrénaline et du cortisol, le cœur bat plus vite, la tension monte. Ces réactions se produisent aussi pendant le sommeil, sans qu’on se souvienne de s’être réveillé.
Quand le chantier fait du bruit toute la journée, on se couche déjà tendu. On met plus de temps à s’endormir, on se réveille à trois heures du matin, et le lendemain la fatigue s’installe. Vient ensuite l’irritabilité, la difficulté à se concentrer, la patience qui raccourcit avec les enfants, le conjoint ou les collègues. L’OMS range d’ailleurs parmi les effets non auditifs du bruit les troubles de la mémoire et de l’attention, de même que certains effets sur la santé mentale. Si vous vous trouvez plus à cran que d’habitude depuis le début des travaux, le chantier y est probablement pour quelque chose.
Ce que contient vraiment la poussière
La poussière de chantier ne ressemble pas à celle qu’on balaie le samedi. Celle du gypse irrite le nez, la gorge et les sinus, et chez certaines personnes la toux et le souffle court durent plusieurs jours. Le sciage de panneaux composites et le ponçage libèrent des particules assez fines pour descendre profondément dans les poumons. Les personnes asthmatiques, les jeunes enfants et ceux qui ont déjà un problème respiratoire sont les premiers à le sentir.
Au Québec, il faut ajouter l’âge des bâtiments. Dans une maison ou un immeuble construit entre les années 1930 et 1990, certains matériaux peuvent contenir de l’amiante : le plâtre, l’isolant autour des conduits, quelques revêtements de plancher. Santé Canada a aussi trouvé du plomb, venant de vieilles peintures, dans la poussière de maisons construites avant 1990. Ni l’un ni l’autre ne pose de problème tant qu’on n’y touche pas. Poncer, percer ou ouvrir un mur change la situation. Un masque antipoussière ordinaire n’arrête pas les fibres d’amiante, et c’est pourquoi un test avant les travaux n’a rien d’excessif dans un logement ancien. Un entrepreneur qui intervient chez vous doit d’ailleurs vérifier d’abord si les matériaux risquent d’en contenir.
Les odeurs : peinture, colle, vernis
Ce qu’on sent dans un chantier, ce sont surtout des composés organiques volatils, les COV. Les peintures, les colles à plancher, les vernis et les calfeutrants en libèrent tous. Santé Canada estime que la plupart présentent probablement peu de risques aux concentrations qu’on trouve couramment dans les maisons, mais souligne qu’on connaît mal les effets d’une exposition sur une longue période. Pendant les travaux, ce que les gens décrivent est plus concret : maux de tête, nez qui pique, étourdissements, un peu de nausée dans une pièce mal aérée. Les COV de la peinture mettent à peine quelques semaines à se dissiper une fois qu’elle est sèche, alors que ceux de certains panneaux de bois aggloméré peuvent durer plus longtemps.
Et puis il y a l’hiver. De novembre à avril, personne n’ouvre les fenêtres toute la journée. L’air et les odeurs restent dans le logement, et la chambre à coucher devient moins reposante.
Ce qui aide, sans attendre la fin des travaux
Quelques gestes réduisent vraiment l’exposition. Isoler la pièce en travaux avec une barrière de plastique et du ruban, et garder la porte fermée. Passer l’aspirateur avec un filtre HEPA et nettoyer à l’humide plutôt qu’au balai. Porter un masque N95 si on doit absolument entrer dans la zone. Aérer quand c’est possible, en ouvrant deux fenêtres dans la même pièce pour créer un courant d’air. Dormir dans la pièce la plus éloignée du chantier, porte fermée. Les bouchons d’oreilles et le bruit blanc dépannent, mais ils ne règlent pas le fond du problème.
Quand les travaux sont lourds (démolition, ponçage, cuisine ou salle de bain complètes, murs ouverts), ces précautions atteignent vite leurs limites. C’est souvent le moment où des gens cherchent un appartement a louer 1 chambre, meublé, pour deux ou trois semaines, le temps de laisser passer la partie la plus sale du chantier. Ce n’est pas une solution pour tout le monde ni pour tous les budgets, mais elle règle d’un coup le bruit, la poussière et les odeurs, et elle permet de dormir.
Qui devrait y penser en premier
Certaines situations justifient de partir plus tôt. Une personne qui revient d’une opération, quelqu’un qui souffre d’asthme ou de MPOC, un jeune enfant, un parent âgé qui vit avec des pertes de mémoire et pour qui un décor qui change est déjà une source d’inquiétude. Même chose si l’entrepreneur soupçonne la présence d’amiante, ou après un dégât d’eau ou un incendie, quand les murs restent ouverts pour le séchage. Et il y a tous ceux qui travaillent de la maison : deux semaines de visioconférences au milieu des scies, ça use.
Pour les séjours d’un mois ou plus, des entreprises comme Montreal Aparthotel louent des logements meublés avec cuisine, internet et laveuse-sécheuse, sans bail de douze mois, ce qui convient assez bien à ce genre de situation. Mieux vaut regarder les conditions et les prix avant le début des travaux plutôt que le jour où la poussière s’installe. Si les travaux font suite à un sinistre, il vaut la peine de demander à l’assureur ce qui est couvert pour le relogement.
Avant de signer avec un entrepreneur, demandez-lui le calendrier des étapes : lesquelles sont les plus bruyantes, lesquelles produisent le plus de poussière, combien de jours chacune doit durer. Ce sont ces journées-là qui comptent, et on peut souvent s’organiser pour les passer ailleurs.