Activité physique : a-t-elle un effet préventif sur la démence ?

Soins et prévention

 

Même un peu exercice peut prévenir de la démence

Les personnes âgées sédentaires ont un risque de démence plus élevé que celles qui exercent régulièrement des activités physiques d’intensité modérée à intense.

Une activité physique modérée peut inclure la marche rapide, de la bicyclette à vitesse moyenne (15 km/h), de la danse ou du jardinage.

«Il n’est pas nécessaire de pratiquer une activité physique intense pour réduire le risque de démence», a déclaré l’auteur principal de l’étude, chercheur à l’Université de Californie (Los Angeles, Etats-Unis).

Les participants à l’étude âgés de 75 ans ou plus sont ceux qui ont obtenu le plus de bénéfice de l’exercice, démontrant que l’on est jamais trop vieux pour faire de l’exercice et en tirer profit. Cela s’explique par le fait qu’ils sont à un âge ou le risque de démence est le plus grand.

Les scans du cerveau des participants ont montré que ceux qui font de l’exercice sont plus en mesure de résister aux effets du vieillissement sur le cerveau. En effet, les individus qui font régulièrement de l’exercice tendent à avoir un volume cérébral plus grand que ceux qui restent sédentaires, signe d’une meilleure santé du cerveau.

3 700 personnes de 60 ans et plus ont participé à l’étude.

Les chercheurs ont mesuré la fréquence des exercices pratiqués par les participants et les ont suivis pendant une décennie. Au cours de l’étude, 236 personnes ont développé une démence.

Pour étudier comment l’activité physique pourrait avoir affecté le risque de démence, les chercheurs ont divisé la population de l’étude en cinq groupes allant de sédentaire à très actif.

Le groupe comprenant les personnes les plus sédentaires étaient 50 % plus susceptibles de développer une démence, comparé aux quatre autres groupes. En d’autres termes, même un peu d’exercice est bénéfique.

L’équipe de recherche a également comparé l’activité physique à des scans du cerveau, et a trouvé un lien direct entre l’exercice et la taille du cerveau. Les personnes âgées qui ont étaient les plus actives sont celles dont le volume du cerveau était le plus important.

Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer ces observations.

  1. L’augmentation de la circulation sanguine causée par l’activité physique pourrait «renforcer» le cerveau, augmenter son volume et favoriser la croissance de neurones supplémentaires ;
  2. L’exercice physique pourrait conduire à une densité accrue des connexions entre les neurones (synapses) et créer des voies alternatives en cas d’atrophie du cerveau liée à l’âge. C’est un peu comme si une ville présentait des itinéraires alternatifs pour les conducteurs afin d’éviter un encombrement.
  3. L’exercice favorise la sécrétion de molécules dans le cerveau, en particulier le facteur neurotrophique dérivé du cerveau (en anglais Brain-Derived-Growth Factor ou BDNF). Le BDNF favorise la croissance de nouveaux neurones et préserve ceux que nous avons déjà.

La bonne réponse est probablement une combinaison de ces trois hypothèses.

Ces résultats confirment d’autres études qui avaient rapporté un lien entre l’exercice et la prévention la démence. Cependant, les essais cliniques visant à démontrer sans ambiguité ce lien ont jusqu’à présent été décevants.

Source : Physical Activity, Brain Volume, and Dementia Risk: The Framingham Study, Journals of Gerontology: Medical Sciences, juillet 2016.

 

L’exercice aérobique augmente la circulation cérébrale

Des séances d’exercice aérobique améliorent la santé cérébrale de patients souffrant de troubles cognitifs légers. Cette amélioration – qui apparaît au bout de 6 mois – se traduit par une augmentation de la circulation cérébrale et une réduction des niveaux de protéines tau phosphorylées.

Soixante cinq adultes âgés de 55 à 89 ans, souffrant de déclin cognitif léger et prédiabétiques – ont participé à l’étude.

Les séances, supervisées par un entraîneur, consistaient à effectuer des exercices de haute intensité ou des étirements de 45 à 60 minutes, quatre fois par semaine pendant 6 mois.

La zone cardiaque du groupe « aérobique », est d’intensité modérée. Elle se situe entre 70% à 80% de la fréquence cardiaque de réserve *.

La zone cardiaque du groupe contrôle (qui n’effectue que des séances d’étirement) est d’intensité légère. Elle se situe sous 35% de la fréquence cardiaque de réserve.

* La fréquence cardiaque de réserve est la différence entre la fréquence cardiaque maximale et la fréquence cardiaque de repos.

À la fin des six mois de séances, le liquide céphalorachidien (LCR) et le sang des patients ont été collectés. Ces derniers ont également passé des tests cognitifs et physiques, accompagnés d’examens de neuroimagerie.

Source : 8th Clinical Trials Conference on Alzheimer’s Disease (CTAD), novembre 2015.

 

Effet préventif de l’activité physique chez les personnes à risque d’Alzheimer

L’exercice pourrait améliorer la fonction cognitive des personnes à risque d’Alzheimer en améliorant l’efficacité de leur activité cérébrale.

Alors qu’une légère perte de mémoire est normale lors du vieillissement, un diagnostic de déclin cognitif léger, ou DCL, avec perte de mémoire objective, constitue un grand risque de maladie d’Alzheimer, pour lequel il n’y a actuellement aucun traitement.

L’étude, menée par le Dr. J. Smith (Université du Maryland), fournit un nouvel espoir pour ceux qui sont diagnostiqués avec un DCL.

C’est la première étude montrant qu’un programme d’exercice d’intensité modérée améliore, chez des personnes âgées avec DCL:

  • la mémoire sémantique et la mémoire de rappel;
  • l’activité neuronale, mesurée par imagerie par résonance magnétique fonctionnelle.

« Aucune étude n’a démontré qu’un médicament puisse avoir la même efficacité que l’exercice » dit Dr. Smith.

Deux groupes physiquement inactifs (âgés de 60 à 88 années, 78 ans en moyenne) ont marché pendant 12 semaines sur un tapis roulant avec l’assistance d’un entraîneur personnel. L’un de ces deux groupes était composé de patients pratiquant l’activité physique. Une activité physique d’intensité modérée se caractérise par un effort  qui augmente votre fréquence cardiaque et vous incite à suer, mais qui ne vous empêche pas de tenir simultanément une conversation. Il est recommandé de faire 150 minutes d’activité par semaine.

Les chercheurs ont demandé aux  participants d’identifier des noms célèbres.

L’autre test de mémoire a consisté à demander aux participants de mémoriser une liste de 15 mots. L’examinateur fait passer une épreuve de courte durée afin de lui détourner l’attention. L’examinateur demande par la suite aux participants de citer les mots en lui fournissant si nécessaire des indices sémantiques.

Ces tâches ont été effectuées avant et après les exercices.

Les chercheurs ont mesuré en parallèle l’activité de leur cerveau. Les régions de cerveau dont l’activité s’est améliorée après les exercices sont celles qui sont touchées dans la maladie d’Alzheimer, en particulier  le lobe temporal et les circonvolutions cérébrales autour de l’hippocampe.

Les participants ¨sportifs¨ ont ainsi amélioré l’efficacité de leurs cellules nerveuses, c’est-à-dire que leur cerveau était moins mise à contribution pour effectuer la même tâche de mémoire.

Source: Journal of Alzheimer’s disease. Semantic Memory Functional MRI and Cognitive Function after Exercise Intervention in Mild Cognitive Impairment. Juillet 2013.

 

L’exercice physique préserve les facultés cognitives des personnes âgées

Deux études, présentées à la conférence internationale 2011 de l’Association Alzheimer (Paris) confirment l’association entre l’exercice physique et la préservation des capacités cognitives.

La première étude, réalisée par des chercheurs américains du Harvard Medical School, s’est intéressée au lien existant entre l’exercice physique et le déclin mental chez 2800 femmes âgées de plus de 65 ans souffrant de problèmes cardiovasculaires.

Après cinq ans de suivi, il apparut que les femmes les plus actives (l’activité consistait à marcher 30 minutes par jour) obtenaient de meilleurs résultats aux tests cognitifs, comparées à celles qui restaient inactives.

La seconde étude impliquant près de 200 volontaires âgés en moyenne de 75 ans confirma que les plus sédentaires étaient les plus susceptibles de voir leurs capacités cognitives décliner.

Une étude précédente paru dans la revue Neurology indiquait qu’une marche de 9,5 kilomètres par semaine permettait de maintenir de freiner le déclin des capacités cognitives chez les aînés.

Sources: Physical Activity and Cognition in Women With Vascular Conditions. Arch Intern Med. 2011;171(14):1244-1250 et Activity Energy Expenditure and Incident Cognitive Impairment in Older Adults. Arch Intern Med. 2011;171(14):1251-1257

 

Les bienfaits de l’exercice physique sur l’hippocampe confirmés

Une étude réalisée sur 120 adultes âgés de 65 ans environ confirme le rôle bénéfique de l’activité physique et la santé mentale. La moitié des participants ont été soumis à un entraînement physique pendant un an. Le volume de l’hippocampe (région cérébrale impliquée dans la mémoire) des sujets ayant suivi l’entraînement a augmenté de 2% par rapport au volume mesuré au début de l’étude. En revanche, celui des sujets contrôles sédentaires a baissé de 1,4%.

Ce résultat est d’autant plus spectaculaire que l’activité physique était d’intensité modérée : 40 minutes de marche, trois fois par semaine.

Cette augmentation du volume hippocampique s’accompagne de celle des niveaux sanguins de BNDF, un facteur de croissance possédant des propriétés protectrices sur les neurones, et censé stimuler la production de nouveaux neurones (phénomène appelé neurogénèse).

On savait déjà que l’hippocampe s’atrophiait dans certaines pathologies, dont bien entendu la maladie d’Alzheimer, mais aussi la dépression.

Source : Erickson et coll. Exercise training increases size of hippocampus and improves memory. Proc Natl Acad Sci U S A. 2011 108(7):3017-22.

 

Marcher ralentit le déclin cognitif

La marche a un effet préventif aussi bien chez les seniors en bonne santé que chez ceux souffrant d’un déficit cognitif léger ou de la dmaladie d’Alzheimer. Ces résultats ont été annoncés lors d’une conférence d’imagerie médicale à Chicago (nov 2010).

Cette étude a évalué l’impact de la marche sur une période allant jusqu’à 10 ans. Les auteurs ont par la suite mesuré le volume cérébral par IRM, en particulier dans la zone cérébrale impliquée dans la mémoire et l’apprentissage (cortex entorhinal et temporal). Sur les 426 participants, 299 étaient restés en bonne santé mental alors que 127 présentaient des troubles cognitifs (83 avec déficit cognitif léger été 44 avec une maladie d’Alzheimer). Rappelons que le volume cérébral est un signe d’intégrité : si le volume diminue (c’est-à-dire s’il y a atrophie), cela signifie que les neurones meurent.

L’analyse des résultats indique qu’une marche hebdomadaire de 10 km préserve l’intégrité du cerveau et réduit le risque de trouble cognitif chez les seniors an bonne santé.

En ce qui concerne les patients souffrant de déficit cognitif léger ou de maladie d’Alzheimer, il apparaît que marcher 8 km par semaine ralentit le déclin cognitif et préserve le volume cérébral (le score au test cognitif MMSE a baissé de 5 points chez les patients n’ayant pas pratiqué assidument à la marche, comparé à une baisse de seulement 1 point chez ceux ayant marché au moins 8 km par semaine).

Une autre étude souligne l’influence génétique sur l’effet bénéfique de l’activité physique. Celle-ci démontre que les sujets ayant une prédisposition génétique* à la maladie d’Alzheimer sont ceux qui bénéficieront le mieux de l’exercice physique.

L’étude divisait les individus (âgés de 65 à 85 ans) en quatre groupes en fonction de la présence ou non d’une prédisposition génétique et d’une activité physique faible ou élevée. Les auteurs de l’étude ont soumis les participants à un test mental et mesuré en parallèle leur activité cérébrale par IRM fonctionnelle, dans le but d’évaluer leur performance mnésique. Ainsi, les sujets portant le gène APOE4 et pratiquant une activité physique ont une activité cérébrale plus importante que ceux restant sédentaires.

Cet écart est moindre chez ceux n’ayant pas de prédisposition génétique. * Le facteur de prédisposition génétique de la maladie d’Alzheimer identifié chez les personnes est le gène APOE4 (allèle 4 du gène de l’apolipoprotéine E)

Source: Smith JC et al. Interactive effects of physical activity and APOE-e4 on BOLD semantic memory activation in healthy elders. NeuroImage, 2011; 54 (1): 635 DOI.