L’anesthésie favorise t-elle les troubles cognitifs ?

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Les troubles cognitifs et comportementaux après une opération (dysfonctionnement cognitif postopératoire, confusion et délire) sont fréquents à la suite d’une anesthésie chez les personnes âgées. Les symptômes persistent pendant des mois ou des années chez certains patients. Les patients atteints de la maladie d’Alzheimer  semblent être particulièrement à risque de voir leur cognition se détériorer à la suite d’une anesthésie, et certaines études suggèrent que l’exposition à des anesthésiques peut augmenter le risque de maladie d’Alzheimer.


L’anesthésie augmente t-elle le risque de déclin cognitif ?

Il n’y a pas de lien significatif entre le fait d’être exposé à une anesthésie générale après 40 ans et le développement d’un déficit cognitif léger des années plus tard, selon une étude épidémiologique. Le lien potentiel entre d’une part l’exposition à l’anesthésie suite à une chirurgie et d’autre part le déclin cognitif et la démence a été récemment un sujet de débat, avec des résultats antérieurs en contradiction avec ceux publiés récemment. Cette nouvelle étude a révélé aucun lien entre l’exposition à l’anesthésie et le déclin cognitif lorsque l’on prend en compte le nombre d’expositions ou la durée totale cumulée de l’exposition. « Il est rassurant pour la majorité des gens âgés qui pourraient avoir besoin d’une intervention chirurgicale d’apprendre que l’anesthésie et la chirurgie ne sont probablement pas associés à long terme à un déclin cognitif, », déclare l’auteur principal de l’étude (David O. Warner, clinqiue Mayo, Rochester, Minnesota, Etats-Unis). Les chercheurs ont examiné les données de la clinique Mayo provenant de 1731 résidents âgés de 70 à 89 ans et dont les fonctions cognitives ont été évaluées tous les 15 mois. Les dossiers médicaux (incluant des chirurgies avec anesthésie) ont été obtenus pour chaque participant après l’âge de 40 ans. Parmi elles, 536 (31 %) ont développé un déclin cognitif léger sur une période de 4,8 ans. Aucun effet néfaste de l’anesthésie n’a été rapporté dans l’étude. Bien que les résultats actuels soient « réconfortants », il est fort possible que des personnes à risque soient plus vulnérables à l’anesthésie, en particulier les personnes âgées avec des troubles d’ordre vasculaire et qui subissent une chirurgie vasculaire. Les chercheurs pensent que l’anesthésie produit un état inflammatoire dans le cerveau – appelé neuroinflammation – qui déclencherait des troubles cognitifs chez les personnes à risque.

Source : Juraj Sprung et coll. Association of Mild Cognitive Impairment With Exposure to General Anesthesia for Surgical and Nonsurgical Procedures. Mayo Clinic Proceedings, 2016.

Anesthésie et risque de démence

En 2016, des chercheurs américains ont rapporté que l’exposition à l’anesthésie n’était pas associée à un rique accru de démence, et de maladie d’Alzheimer en particulier. Cette étude prospective a inclus près de 4000 participants âgés de 65 ans et plus. Ce résultat contredit celui publié par la société européenne de l’anesthésiologie (ESA) en juin 2013 qui rapportait une augmentation de 35% du risque de démence. Afin de justifier ces résultats, les chercheurs indiquaient que quelques anesthésiques favoriseraient l’inflammation des tissus neuraux, entraînant des lésions caractéristiques de la maladie d’Alzheimer (accumulation d’amyloïde et de protéine tau). Dans cette étude, l’âge moyen des participants était de 75 ans et 62% étaient des femmes. 632 participants (9%) ont développé une démence 8 ans après le suivi. À ce jour, il n’y a pas eu d’essais cliniques visant à établir un lien entre l’exposition à un anesthésiant et le développement de la maladie d’Alzheimer. Par conséquent, avant de tirer des conclusions définitives, il est nécessaire de mener des études supplémentaires. Il faut cependant être conscient des risques potentiels et prendre des précautions avec les patients âgés vulnérables.

Ssource: Inan G et coll. Alzheimer disease and anesthesia. Turk J Med Sci. 2015;45(5):1026-33).