Massage et stimulation par le toucher

Soins et prévention

massotherapieLe toucher/massage chez les patients âgés

Certains professionnels considèrent le massage et le toucher comme une approche efficace permettant de réduire certains troubles comportementaux (anxiété, agitation et troubles de l’humeur…) accompagnant la démence.

Le massage pourrait même ralentir le déclin des fonctions cognitives de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. 

Une équipe de chercheurs danois a rassemblé en 2006 toutes les publications médicales ayant trait au massage chez les patients âgés, afin d’en évaluer de manière objective l’efficacité thérapeutique. 
Les chercheurs ont exclusivement pris en compte des études avec critères d’inclusion stricts : 

  • Les études cliniques doivent être contrôlées (c’est-à-dire avec un groupe contrôle n’ayant pas reçu de traitement) et randomisées (c’est-à-dire les traitements sont prescrits de façon aléatoire aux patients).
  • Les patients sont diagnostiqués comme étant atteints d’une maladie affectant les capacités mentales.
  • Les patients ont été évalués au terme des expériences à l’aide de tests cognitifs et comportementaux.

Parmi les 18 études recensées par les auteurs, seules 2 ont satisfait ces critères:

  • Dans la 1re étude publiée en 1986, Eaton et alii ont conduit des expériences sur 42 personnes âgées souffrant d’un ‘syndrome cérébral chronique’ (aucun diagnostic précis n’a été posé par les auteurs de l’étude). Au cours de chaque repas, ils adressèrent des mots d’encouragements accompagnés de touchers
    Au bout d’une semaine, ils ont observé une augmentation significative de la prise alimentaire (de 570 à 740 cal/jour) et de protéines (de 32 à 43 g/jour), comparée à ceux n’ayant bénéficié que d’encouragements verbaux.
  • Dans la 2e étude (Remington, 2002), 68 patients souffrant de démence ont été répartis en quatre groupes suivant le traitement:
    – un groupe contrôle,
    – un groupe soumis à une musique d’ambiance apaisante,
    – un groupe bénéficiant d’un massage de la main
    – un groupe bénéficiant d’un massage de la main et d’une musique d’ambiance apaisante.
    Le traitement a été de courte durée (10 minutes, une seule fois). Les auteurs ont rapporté une réduction significative des agitations chez les patients ayant reçu l’un des trois traitements, comparée au groupe contrôle. Selon les auteurs, cette réduction est aussi marquée que celle obtenue avec un traitement médicamenteux.
  • Trois autres études cliniques contrôles exclues de l’évaluation par manque de rigueur et de précision méthodologique font mention d’un effet bénéfique du toucher/massage/aromathérapie sur les troubles comportementaux et cognitifs de patients souffrant de démence.

Résumé des effets du toucher/massage

Études Effets rapportés
Eaton, 1986: Toucher et encouragements verbaux (plusieurs fois pendant le repas, deux fois par jour pendant 1 semaine). Augmentation de la prise alimentaire
Remington, 2002: Massage et musique d’ambiance (1 fois pendant 10 minutes). Baisse des agitations
*Giasson, 1999: Toucher (10 minutes une fois par jour pendant cinq jours consécutifs). Amélioration du confort
*Scherder, 1995 : Massage du dos accompagné ou non d’une neurostimulation transcutanée (courant électrique léger transmis par des électrodes placées sur la peau) 30 minutes/jour pendant 6 semaines. Amélioration des fonctions cognitives et du comportement affectif
*Smallwood, 2000 : Massage et aromathérapie (2 fois/semaines pendant 4 semaines). Baisse des troubles comportementaux
*Etudes exclues de l’analyse

En conclusion :

  • D’après deux études rigoureuses réalisées chez des patients atteints de démence:
    Le massage de la main réduit rapidement les agitations.
    Le toucher accompagné de mots d’encouragements pour se nourrir s’accompagnent d’une meilleure prise alimentaire.
  • Les données restent insuffisantes pour certifier du bienfait du massage-toucher sur les troubles comportementaux de la personne démente.

Sources : ViggoHansen N et alii. Massage and touch for dementia. Cochrane Database of Systematic Reviews 2006, Issue4. Roberson L. The importance of touch for the patient with dementia. Home Healthc Nurse. 2003 Jan;21(1):16-9.



Une forme plus douce de massage: la stimulation par le toucher

Le toucher est une forme non verbale de communication et fait partie intégrante de l’interaction entre le soignant et le malade. L’un des principaux problèmes rencontrés par les prodigueurs de soins est la gestion des symptômes psychiatriques et comportementaux des personnes atteintes dedémence, en particulier l’agressivité. Les causes de ces comportements agressifs sont nombreuses et complexes : le stress, un environnement inadapté, la douleur, des soins insuffisants en raison d’un sentiment de manque de communication, de confiance et d’empathie. Pour être en mesure de gérer un tel comportement, il est nécessaire de comprendre ou d’interpréter les causes à l’origine du problème : l’agressivité et l’agitation des patients sont la conséquence de la démence en elle-même, ou plus simplement une réponse légitime à leur situation?

Plusieurs études suggèrent une action bénéfique des différents types de massage sur le stress, le bien-être et la douleur (grâce à la libération d’endorphines). En bloquant la douleur, le massage peut améliorer la circulation sanguine locale et procurer une sensation de chaleur. Le massage semble aussi réduire les agitations chez les personnes souffrant d’une démence, et améliorent leur l’humeur. En outre, les patients qui ont reçu des massages communiquent et se concentrent mieux, et ont une meilleure défense immunitaire.

La stimulation (ou massage) tactile a été développée en Suède dans les années 1990. C’est une forme légère de massage dont la technique, différente de celle utilisée dans les massages classiques, consiste à n’atteindre que les couches superficielles de la peau. 
Cette méthode a pour but d’établir un contact par le toucher, et de rendre la personne confortable. Un climat de confiance doit alors s’établir entre le soignant et le patient (confiance confort sont les maîtres mots dans la prise en charge du patient). 
Le corps entier, excepté les parties génitales, peut être stimulé. Des parties aussi petites que les mains, les bras ou les jambes peuvent faire l’objet d’un massage par le toucher.

La stimulation par le toucher commence et finit lentement, avec des mouvements qui assurent un sentiment de calme et de détente. Enfin, le soignant indique à la personne que la séance est finie en le couvrant chaudement et en le laissant se reposer. Dans une étude impliquant des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, les résultats indiquent que les résidents chez qui a été pratiqué une stimulation par le toucher se sentent moins déprimés et moins anxieux, ont meilleure humeur, sont plus attentifs à leurs activités quotidiennes, et établissaient plus de contact avec les autres malades. Ces observations s’expliqueraient par le fait que cette technique provoque un sentiment de confiance, améliore la communication, et soulage la douleur.

Une autre étude (Skovdahl K et alii., 2007) a rapporté l’expérience d’aidants qui ont appliqué des massages par le toucher chez des patients atteints de démence et présentant des comportements agressifs ou ne pouvant tenir en place.

Ces aidants ont dû suivre une formation théorique et pratique de 36 heures de la part d’un professionnel qualifié. La stimulation par le toucher a été prodiguée sur une base régulière au moins une fois par semaine pendant 7 mois (le nombre moyen de séances a été de 27). Chaque massage a duré de 20 à 60 minutes et les parties du corps massées sont les mains, bras, pieds et jambes. Idéalement, le massage doit être fait par la même personne (au maximum deux). Seule de l’huile essentielle doit être utilisée, sans aucune musique d’ambiance ou de bruits d’interférence. La lumière doit être tamisée. La chambre du patient est idéalement la salle de massage.

Les aidants ayant prodigué ces massages ont constaté que les patients, méfiants lors de la 1re séance et malgré une séance préalable d’explication, parvenaient à se relaxer. Il apparaissait difficile de masser un résidant qui se distrayait ou paraissait inquiet. Pratiquement tous les patients s’endormaient durant les séances. Tous les aidants ont remarqué qu’ils interagissaient mieux avec les résidants au bout des 7 mois.

Les auteurs ayant conduit cette étude estiment que les patients atteints de démence et présentant des difficultés de communication peuvent tirer profit de séances de stimulations par le toucher. La tâche de l’aidant se trouve évidemment facilitée.

Source: Skovdahl K et alii. (2007) Tactile stimulation associated with nursing care to individuals with dementia showing aggressive or restless tendencies: an intervention study in dementia care. International Journal of Older People Nursing 2, 162–170

Livres ayant trait au sujet

• Le toucher massage (J. Savatofski, Lamarre Poinat, 1998) 
• Le toucher apprivoise (J. Savatofski & P. Prayez, Lamarre, 2002) 
• Le toucher dans la relation soignant-soigne (F. Bonneton-A. Lambert, Med-Line Editions, 2006) 
• Le toucher relationnel au coeur des soins (C. Blanchon, Elsevier, 2006)

Effet bénéfique de la massothérapie sur l’agitation

Des séances de massage réduisent significativement l’agitation chez des personnes âgées de 60 ans et souffrant de troubles cognitifs. Les effets bénéfiques du massage sont associés à quatre des cinq aspects de l’agitation : déambulation (-62%), manifestations/agitations verbales (-41%), agitations physiques (-18%), et une résistance aux soins. Le 5e aspect de l’agitation (comportement inapproprié) n’est pas affecté par les effets du massage. Selon les auteurs, le massage peut être un moyen efficace pour réduire l’agitation chez cette catégorie de patients. Source: Massage in the Management of Agitation in Nursing Home Residents with Cognitive Impairment. Source: Geriatric Nursing 30, 108-117, 2009. 

Exemples de troubles du comportement dans la maladie d’Alzheimer

– Errer, entrer dans la chambre ou la salle de bains d’autres patients, se coucher dans leur lit. 
– Toucher ou étreindre d’autres personnes. 
– Arracher les moyens de contention ou les cathéters. 
– Refuser des médicaments ou aliments. 
– Manifester une hostilité inappropriée (injures; interpellations, jurons, cris, etc.) .
– Accumuler des objets (crayons, tasses, articles de toilette, vêtements qui se trouvent dans la chambre d’autres patients ou au poste de soins infirmiers).
– Cacher des objets, déchirer des choses, les jeter dans les toilettes. 
– Prendre des objets appartenant à d’autres patients et aux membres du personnel (lunettes, dents, pantalons). 
– Renverser les plateaux d’aliments, manger dans les plateaux d’autres patients. 
– Manifestations verbales ou physiques d’une activité sexuelle inappropriée (se masturber en public, s’exhiber).
– Miction ou défécation inappropriées, notamment manipuler les selles.
– Ingérer des objets qui ne se mangent pas, par exemple les selles.

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