Activité physique : efficacité contre la maladie d’Alzheimer ?

Thérapies

L’activité physique a plusieurs effets bénéfiques sur les patients atteints de la maladie d’Alzheimer , que ce soit sur la qualité de vie, les fonctions exécutives, le bien-être psychologique et la fonction motrice.

L’activité physique améliore les fonctions exécutives chez des personnes atteintes d’Alzheimer

Des chercheurs ont comparé l’efficacité de deux programmes d’exercice effectués à domicile ou en groupe, à raison de deux séances hebdomadaire d’une heure. Les 210 participants ont subi des tests de mesure d’évaluation de leurs fonctions cognitives après 3, 6, et 9 mois d’activité.

Les résultats ont montré que le programme d’activités effectuées à la maison améliore au bout d’un an les fonctions exécutives, comparés au groupe contrôle qui avait reçu des soins standards.

Cependant, ces effets sont modestes. De plus, aucun bénéfice n’a été rapporté sur la mémoire, en particulier la sémantique et la cognition globale.

Ces données confirment que l’activité a un impact positif sur les fonctions exécutives.  Seuls les exercices effectués à la maison sont efficaces, ce qui peut s’expliquer par le fait que ce programme d’entraînement demande à la fois un effort physique (avec une augmentation de la circulation sanguine dans le cerveau) et cognitif (avec une augmentation de l’activité du lobe frontal, une zone du cerveau impliquée dans les fonctions exécutives.

Source: Hannareeta Öhman et coll. Effects of Exercise on Cognition: The Finnish Alzheimer Disease Exercise Trial, J Am Geriatr Soc. 2016;64(4):731-738. 

L’exercice semble améliorer le bien-être psychologique et physique

Telle est la conclusion d’une étude conduite par l’Association britannique Alzheimer au printemps 2014.

Ce programme stimule à la fois les fonctions cognitives et motrices en incluant des exercices de yoga, de tai chi, de qigong et de la méditation, accompagnés d’exercices physiques standards.

Les chercheurs ont montré que ce programme qui se focalise sur le corps et l’esprit améliore la qualité de vie des patients atteints de démence.

Chaque session se termine par une activité de méditation courte focalisé sur la respiration et la conscience.

Quinze individus âgés de 52 à 86 ans ont participé à ce programme de six sessions, dont huit atteints de démence et cinq aidants. Le taux de participation était de 70%.

Non seulement ces personnes ont aimé participer à ces sessions mais ont vu leur capacité mnésique s’améliorer puisqu’elles arrivaient à se souvenir de la séquence de mouvements qui accompagnaient la musique. Ainsi, la mémoire procédurale était préservée.

Enfin, les sessions pourraient avoir un effet bénéfique sur les aidants.

L’activité physique pourrait-elle ralentir le déclin physique dans la maladie d’Alzheimer ? 

La réponse est oui si on lit les conclusions de cette étude réalisée sur  210 personnes atteinte d’Alzheimer d’intensité modérée à sévère (âge moyen : 78 ans).

Trois groupes ont été constitués:

  1. Un groupe qui pratiquait une activité physique à la maison avec l’aide d’un physiothérapeute, avec des exercices adaptés aux besoins et aux capacités spécifiques de chaque personne. Les exercices étaient pratiqués une heure deux fois par semaine.
  2.  Un groupe qui pratiquait une activité physique dans un centre de réadaptation, avec un mélange d’exercices d’endurance, d’équilibre et de musculation encadrés par des physiothérapeutes. Les exercices étaient pratiqués une heure deux fois par semaine.
  3. Un troisième groupe qui ne pratiquait pas d’exercice mais qui recevait des conseils auprès d’infirmières sur la nutrition et l’exercice.

Résultats: Après un an, les capacités physiques s’étaient détériorées dans tous les groupes, mais la baisse était plus lente dans le groupe 1 et, dans une moindre mesure, dans le groupe 2, comparée au groupe 3.

Les auteurs ont noté qu’un ralentissement du déclin physique signifie moins de besoins de la part du malade durant le jour.

A noter que l’étude n’a pas comparé l’efficacité relative des types spécifiques d’exercice. Les physiothérapeutes qui ont participé à l’étude ont été formés pour s’occuper des personnes atteintes de démence. La moins bonne performance du groupe 2 s’expliquerait par le fait que les gens atteints de démence n’aiment souvent pas les activités de groupe. Source:  JAMA médecine interne, 15 avril 2013.

Les exercices physiques chez les personnes âgées avec troubles cognitifs sont-elles efficaces ?

Il y a une relation importante entre les fonctions cognitives et motrices chez les aînés : ceux qui ont une activité physique ont un risque moindre de trouble cognitif, alors que ceux souffrant d’un déficit cognitif s’accompagnant d’un ralentissement de leur fonction motrice (ex. marche) sont plus enclins de souffrir d’une démence plus tard.

Les fonctions motrices faisant appel aux fonctions cognitives (appelées fonctions motrices complexes) sont déficientes au stade précoce de la démence. Par exemple, les patients Alzheimer ont des difficultés à exécuter deux tâches à la fois (par exemple ils ont tendance à ralentir leur marche lorsqu’on leur demande simultanément de compter à rebours).

Les fonctions motrices de base (c.-à-d. les fonctions motrices qui ne dépendent pas des fonctions cognitives), sont également amoindries chez les patients atteints de démence, entraînant une activité physique réduite. Au stade avancé de la maladie, les déficits moteurs sont plus prononcés, avec tremblements, rigidité, bradykinésie, instabilité posturale et contractures. Les personnes souffrant de démence (en particulier celles souffrant de démences vasculaires et à corps de Lewy) ont 3 fois plus de risque de chuter et d’être victimes d’un accident grave (fracture de la hanche), voire de mourir.

Une revue médicale (Am J Phys Med Rehabil 2006;85 : 847–857) a eu pour objectif de déterminer si les aînés ayant des déficits cognitifs pouvaient tirer bénéfice d’un entraînement physique, dans le but d’améliorer leur fonction motrice et/ou réduire le risque de chute.

Les résultats portant 11 études réalisées entre 1966 et 2004, indiquent que l’efficacité des programmes physiques pour personnes atteintes de démence est controversée. En effet, beaucoup d’études manquent de méthodologies rigoureuses, qui peuvent biaisent les résultats.

En conclusion, L’effet bénéfique des programmes d’entraînement chez les personnes âgées avec déficit cognitif doit être confirmé.

L’activité physique améliore le niveau de vie des personnes atteintes d’Alzheimer

Trois équipes de chercheurs ont examiné l’impact d’une activité physique sur les différentes formes de démences.

Dans la première étude, les chercheurs danois de Copenhague ont étudié 200 patients entre 50 et 90 ans atteints de la maladie d’Alzheimer. Le premier groupe a suivi un programme d’exercices physiques comprenant 48 séances de 60 minutes (3 fois par semaine pendant 16 semaines), alors que le groupe contrôle n’a reçu que des soins classiques exempts de pratique sportive.

Résultats : les patients du premier groupe présentaient moins de troubles de l’humeur (anxiété, dépression) et étaient moins irritables que le groupe contrôle.

La deuxième étude démontrea que l’activité physique diminue l’une des deux lésions caractéristiques de la maladie d’Alzheimer, à savoir les protéines tau qui s’accumulent dans les neurones. 65 patients âgés de 55 à 89 ans atteints de troubles légers ont suivi soit un programme d’entraînement aérobique, soit des séances d’étirement quatre fois par semaine. Après 6 mois, les chercheurs américains (Wake Forest University Health Sciences de Winston Salemn) ont rapporté une baisse significative des niveaux de protéine Tau chez les individus ayant pratiqué activement du sport.

La dernière étude a eu pour but d’examiner les effets du sport sur la cognition chez des patients victimes d’une démence vasculaire. Le premier groupe a bénéficié d’un entraînement physique trois fois par semaine pendant 60 minutes, alors que le groupe contrôle a reçu des soins standard. 62 patients âgés de 56 à 96 ans ont participé à l’étude. Les chercheurs américains de l’Université de Colombie britannique ont observé que les patients du groupe « entraînement physique » présentaient une amélioration de la mémoire et de l’attention.

Source : La conférence Alzheimer’s Association International Conference (AAIC), juillet 2015.

L’activité physique, même légère, réduit le risque d’Alzheimer

Une étude prospective, portant sur plus de 700 octogénaires, indique l’exercice physique, mais aussi les activités de la vie quotidienne (faire la cuisine, la vaisselle, le ménage, jouer aux cartes) sont associées à une réduction du risque de maladie d’Alzheimer.

Ces résultats suggèrent que des activités quotidiennes courantes, qui ne nécessitent pas un effort soutenu, maintiennent les performances cognitives. 

Ils confirment les résultats des autres études sur les effets bénéfiques de l’activité physique sur la maladie d’Alzheimer.

Selon l’étude, les personnes dans le groupe des 10 % les plus actives ont une probabilité réduite de moitié de développer une maladie d’Alzheimer, comparées au groupe des 10 % les moins actives. 

L’activité physique et non physique des participants a été mesurée à l’aide d’un actigraphe placé au poignet, pendant les quatre ans de la durée de l’étude. Les sujets ont subi en parallèle des tests annuels évaluant la mémoire, l’attention, le raisonnement etc. 

Les fonctions cognitives concernées par l’amélioration sont observées la mémoire épisodique, la mémoire de travail et la vitesse de perception. 

Fait intéressant, une activité physique même d’intensité légère telle que faire la cuisine et le ménage, mais aussi jouer aux cartes est associée à une réduction de la survenue d’un Alzheimer (Source : Neurology).

Une autre étude, menée par le Dr. J. Smith (Université du Maryland), fournit un nouvel espoir pour ceux qui sont diagnostiqués avec un trouble cognitif léger.

C’est la première étude montrant qu’un programme d’exercice d’intensité modérée améliore, chez des personnes âgées avec un trouble cognitif léger :

  • la mémoire sémantique et la mémoire de rappel;
  • l’activité neuronale, mesurée par imagerie par résonance magnétique fonctionnelle.

« Aucune étude n’a démontré qu’un médicament puisse avoir la même efficacité que l’exercice » dit Dr. Smith.

Deux groupes physiquement inactifs (âgés de 60 à 88 années, 78 ans en moyenne) ont marché pendant 12 semaines sur un tapis roulant avec l’assistance d’un entraîneur personnel. L’un de ces deux groupes était composé de patients pratiquant l’activité physique. Une activité physique d’intensité modérée se caractérise par un effort  qui augmente votre fréquence cardiaque et vous incite à suer, mais qui ne vous empêche pas de tenir simultanément une conversation. Il est recommandé de faire 150 minutes d’activité par semaine.

Les chercheurs ont demandé aux  participants d’identifier des noms célèbres.

L’autre test de mémoire a consisté à demander aux participants de mémoriser une liste de 15 mots. L’examinateur fait passer une épreuve de courte durée afin de lui détourner l’attention. L’examinateur demande par la suite aux participants de citer les mots en lui fournissant si nécessaire des indices sémantiques.

Ces tâches ont été effectuées avant et après les exercices.

Les chercheurs ont mesuré en parallèle l’activité de leur cerveau. Les régions de cerveau dont l’activité s’est améliorée après les exercices sont celles qui sont touchées dans la maladie d’Alzheimer, en particulier  le lobe temporal et les circonvolutions cérébrales autour de l’hippocampe.

Les participants ¨sportifs¨ ont ainsi amélioré l’efficacité de leurs cellules nerveuses, c’est-à-dire que leur cerveau était moins mise à contribution pour effectuer la même tâche de mémoire.

Source: Journal of Alzheimer’s disease. Semantic Memory Functional MRI and Cognitive Function after Exercise Intervention in Mild Cognitive Impairment. Juillet 2013.