Syndrome d’apnée du sommeil

Maladies




Définition

Le syndrome d’apnée du sommeil (SAS) est un grave trouble nocturne du sommeil. Il se définit par l’apparition pendant le sommeil d´au moins 10 apnées (1) (arrêt de la ventilation; du grec pnéô, respirer) ou hypopnées (2) d’une durée supérieure à 10 secondes par heure. Après 65 ans, un homme sur quatre et une femme sur cinq répondraient à ces critères, souvent en l’absence de retentissement clinique. Le SAS se définit par un index d’apnée-hypopnée (3) supérieur à 10.

(1) Apnée : arrêt respiratoire pendant au moins 10 secondes, la reprise respiratoire coïncidant habituellement avec un éveil très bref ou l’allégement du sommeil.

(2) Hypopnée: diminution (de 10% jusqu’à plus de 50 %) du flux respiratoire pendant au moins 10 secondes associée à une diminution de l’oxygénation dans le sang.

(3) Index d’apnée hypopnée : nombre d’apnées et d’hypopnées par heure de sommeil.

 

Les trois formes de syndrome d’apnée du sommeil

  • Obstructives : caractérisées par un blocage de la voie aérienne supérieure en dépit d’une commande nerveuse normale. Elles sont provoquées par la fermeture des voies aériennes lors de l’inspiration, généralement au niveau de l’hypopharynx (partie inférieure du pharynx comportant le rhinopharynx, l’oropharynx et l’hypopharynx). C’est l’anomalie la plus fréquente.
  • Centrales : caractérisées par l’arrêt de l’effort respiratoire.
  • Mixtes : définies par les deux formes précédemment citées.

 

Origine

Le syndrome d’apnée du sommeil peut avoir deux causes physiques: 1. Une obstruction anormale du pharynx ou 2. une atteinte du contrôle effectué par les centres de la respiration. Le vieillissement peut aggraver ces deux phénomènes, avec une résistance du pharynx au flux aérien et une baisse de la sensibilité des centres respiratoires aux stimuli provoqués par l’hypoxie4 ou l’hypercapnie 5.

4 Hypoxie: diminution de la quantité d’oxygène distribuée par le sang aux tissus.

5 Hypercapnie: augmentation ou excès de gaz carbonique dans le plasma sanguin (partie liquide du sang).

 

Profil du patient

Le patient a le profil classique suivant :

  • cou court.
  • Bronchite chronique.
  • Obésité.

 

Signes et symptômes du syndrome d’apnée du sommeil

  • Une fatigue et une somnolence diurnes, ayant pour origine les nombreux réveils nocturnes. Elle se manifestera d’autant plus que le patient est inactif. C’est le signe le plus important.
  • Ronflement accompagné de pauses de la respiration, suivi de reniflements bruyants lorsque la respiration reprend.
  • Arrêts respiratoires nocturnes, suivis d’une reprise inspiratoire particulièrement bruyante.
  • Sommeil agité.
  • Céphalées matinales.
  • Gain de poids entraînant une surcharge pondérale. Il existe une relation étroite entre le SAS et l’obésité.
  • Troubles de mémoire, d’attention et du comportement.
  • Etat dépressif avec ralentissement idéomoteur (ralentissement psychique et physique).
  • Troubles cardiovasculaires (troubles du rythme cardiaque nocturne, hypertension artérielle, insuffisance cardiaque du ventricule droit).
  • Plaintes de rhinite et d`obstruction nasale.

 

Diagnostic

Le diagnostic repose sur un examen médical dans un laboratoire de sommeil avec un enregistrement polysomnographique nocturne, qui associe électroencéphalogramme, électromyogramme de la houppe du menton et électro-oculogramme (identification des différents stades du sommeil), à la mesure du flux aérien nasobuccal

Le médecin devra écarter toutes les autres causes: causes de médecine interne (ex. cancer, bronchites, troubles endocriniens etc.), syndrome des jambes agitées, causes neurologiques (ex. démence ), causes psychologiques (ex décès), causes psychiatriques (ex. dépression) et médicamenteuses (ex. alcool, caféine, nicotine, antihypertenseur, bêta-bloquants etc.).

 

Traitement

La ventilation nocturne en pression positive continue (PPC) constitue le traitement de référence contre les apnées, avec des taux de succès de 50 à 75%. La PPC consiste à appliquer à l’aide d’un masque nasal une pression de 5 à 20 cm d’H2O, maintenant les voies aériennes supérieures perméables et permettant une ventilation normale au cours du sommeil. Certains SAS d`origine centrale peuvent être améliorés par une oxygénothérapie nocturne. Les autres traitements (médicaments, chirurgie au laser, uvulopalapharyngéoplastie) se sont avérés décevants.

 

Médicaments et risque de syndrome d’apnée du sommeil

Les benzodiazépines et les opiacés aggravent l’apnée en provoquant une diminution du tonus des voies aériennes supérieures.

 

 Syndrome d’apnée du sommeil et risque d’AVC

Le syndrome d’apnée du sommeil accroît également par quatre le risque de souffrir d’un accident vasculaire cérébral (AVC). Les personnes subissant 20 épisodes ou plus d’apnée par heure de sommeil courent un risque élevé de subir un AVC dans les quatre années suivantes. L’apnée du sommeil prive momentanément le cerveau d’oxygène et provoque des augmentations subites de la tension artérielle et du rythme cardiaque. Le réveil brutal suite à une apnée s’accompagne d’une décharge d’adrénaline, qui accentuerait la coagulation du sang et, par conséquent, le risque d’AVC.

 

Syndrome d’apnée du sommeil chez les patients victimes d’un AVC

Partant de l’observation que les individus sujets aux SAS et dormant sur le dos ont des apnées plus sévères, des chercheurs (Université de Michigan, USA) ont observé la position de patients ayant été victimes d’un AVC d’origine ischémique par polysomnographie. La sévérité des apnées a été évaluée à l`aide de l`index apnée-hypoapnée (en anglais apnea-hypopnea index ou AHI) alors que la sévérité des AVC a été mesurée grâce à l’échelle National Institute of Health NIHSS. Sur 30 patients victimes d’un AVC âgés de 67 ans en moyenne, 73% avaient des apnées du sommeil obstructives avec un AHI&gt;/=5. La majorité d`entre eux dormaient sur le dos (seulement 37% ont dormi dans une autre position). Les chercheurs recommandent d`orienter les recherches sur la façon de mieux dormir chez cette catégorie de patients. Il est à rappeler que les patients ayant eu un AVC semblent avoir des fluctuations plus importantes de la résistance des voies aériennes supérieures, comparées aux personnes saines, ce qui peut engendrer un nombre plus important d’accidents liés aux troubles de la respiration.</span>

 

 

Syndrome d’apnée du sommeil et risque de maladie d’Alzheimer

Le syndrome d’apnée du sommeil augmente le risque de déclin mental et de maladie d’Alzheimer. C’est une pathologie fréquente qui entraîne des hypoxies (manque d’oxygène) répétées durant le sommeil, ce qui entraîne un ralentissement des fonctions cognitives. Les études chez l’animal ont montré que l’hypoxie augmente la production d’amyloïde, une protéine qui s’accumule dans le cerveau des malades atteints de la maladie d’Alzheimer et connue pour endommager les neurones. Il est fort possible que le traitement par ventilation de type pression positive continue puisse diminuer ce risque de déclin cognitif. Cette hypothèse est corroborée par la fait que le traitement par ventilation de type pression positive continue semble ralentir le déclin cognitif des patients atteints de la maladie d’Alzheimer et un syndrome d’apnées du sommeil sévère, et ralentir leur somnolence diurne.

 

Syndrome d’apnée du sommeil et risque de diabète de type 2

Une étude réalisée sur des vétérans américains et non diabétiques au début de l’étude révèle que ceux souffrant d’apnées obstructives du sommeil avaient une glycémie à jeun plus élevée.

 

Apnée et mortalité

Une étude a rapporté une augmentation du taux de mortalité lorsque l’indice d’apnée dépasse 20 par heure, en relation avec des saturations d`oxygène de moins de 85%.

 

Publications

Brown DL et coll. High prevalence of supine sleep in ischemic stroke patients. Stroke. 2008 39:2511-4.

Mador MJ et coll. Prevalence of positional sleep apnea in patients undergoing polysomnography. Chest. 2005 128:2130-7.

Marshall SC et coll.The role of reduced fitness to drive due to medical impairments in explaining crashes involving older drivers. Traffic Inj Prev. 2008 Aug;9(4):291-8.

Lin CM et coll. Gender differences in obstructive sleep apnea and treatment implications. Sleep Med Rev. 2008 12:481-96.

Troussiere A-C  et coll. Ralentissement du déclin cognitif avec l’appareillage du syndrome d’apnées du sommeil dans la maladie d’Alzheimer légère à modérée. Le Congrès du sommeil 2012. Communication orale.