Pourquoi la ménopause pourrrait favoriser la maladie d’Alzheimer

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La ménopause provoque des changements métaboliques dans le cerveau qui peuvent augmenter le risque de maladie d’Alzheimer, selon une étude.




Ces résultats expliqueraient pourquoi les femmes sont plus souvent atteintes par la maladie d’Alzheimer que les hommes – même en tenant compte du fait qu’elles vivent en moyenne plus longtemps.
Les auteurs de l’étude indiquent que ces résultats pourraient mener au développement de tests de dépistage et d’interventions précoces pour contrer ou ralentir les changements métaboliques observés chez les femmes ménopausées.

La maladie d’Alzheimer affecte un tiers des plus de 85 ans, et le processus de la maladie est connu pour commencer plusieurs décennies avant que les symptômes ne s’installent.

« Cette étude suggère qu’il peut y avoir une fenêtre critique d’intervention, lorsque les femmes sont dans la quarantaine et la cinquantaine, pour détecter les signes métaboliques qui reflètent un risque plus élevé d’Alzheimer », a déclaré l’auteur principal.

Le Dr Mosconi et ses collègues ont utilisé la tomographie par émission de positons (TEP) pour mesurer l’utilisation du glucose – principale source de carburant pour l’activité cellulaire – dans le cerveau de 43 femmes en bonne santé de 40 à 60 ans. 15 étaient en pré-ménopause, 14 en péri-ménopause et 14 en ménopause.

Les tests ont révélé que les femmes qui étaient en ménopause ou péri-ménopausées présentaient des taux nettement plus faibles de métabolisme du glucose dans plusieurs régions du cerveau, comparées à celles qui étaient pré-ménopausées.

Cette baisse du métabolisme était également observée dans le cerveau des patients qui se trouvaient dans les premiers stades de la maladie d’Alzheimer.

De plus, les patientes ménopausées et péri-ménopausées ont présenté des niveaux plus faibles d’activité d’une enzyme impliquée dans le métabolisme (la cytochrome oxydase mitochondriale), ainsi que des scores inférieurs aux tests de mémoire standard.

« Nos résultats montrent que la perte d’oestrogène dans la ménopause ne diminue pas seulement la fertilité, mais s’accompagne aussi de la perte d’un élément clé qui protège le cerveau, et d’une plus grande vulnérabilité au vieillissement cérébral et à la maladie d’Alzheimer. Les femmes ont donc besoin d’attention médicale vers la quarantaine, bien avant tout symptôme endocrinien ou neurologique ».

Ces résultats corroborent l’hypothèse qu’il existe un lien physiologique entre la ménopause et la maladie d’Alzheimer. Le Dr Mosconi et ses collègues ont publié une étude en septembre qui a lié la ménopause à une accumulation accrue de la protéine amyloïde associée à la maladie d’Alzheimer dans le cerveau.

Les chercheurs ont également observé des volumes réduits de matière grise (cellules cérébrales) et de matière blanche (composée de faisceaux de fibres nerveuses ou axones) dans les régions cérébrales fortement affectées par la maladie d’Alzheimer (par exemple l’hippocampe).

La ménopause depuis longtemps est connue pour causer des symptômes tels que la dépression, l’anxiété, l’insomnie et des déficits cognitifs.

Les scientifiques croient largement qu’ils sont causés en grande partie par un déclin des niveaux d’oestrogène. Les récepteurs d’œstrogènes (récepteurs sur lesquels se fixe l’œstrogène pour agir) se trouvent sur les cellules du cerveau et il est de plus en plus admis que ces récepteurs sont moins « performants » en raison des faibles niveaux d’œstrogènes, ce qui expose plus facilement les neurones aux maladies.

« Notre travail indique que les femmes peuvent avoir besoin d’antioxydants pour protéger leur activité cérébrale, en combinaison avec des stratégies pour maintenir des niveaux d’œstrogène adéquats », a déclaré le Dr Mosconi.

« Une recherche est nécessaire pour tester l’efficacité et l’innocuité des thérapies de remplacement hormonal aux premiers stades de la ménopause, et de corréler ces changements hormonaux avec le risque de développer la maladie d’Alzheimer ».

Source : L. Mosconi et coll. Perimenopause and emergence of an Alzheimer’s bioenergetic phenotype in brain and periphery. PLOS ONE, 2017; 12 (10): e0185926.