Alzheimer : stimulation cérébrale profonde

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La stimulation cérébrale profonde, technique utilisée dans la maladie de Parkinson, est également évaluée dans la maladie d’Alzheimer.

La stimulation cérébrale profonde améliore la mémoire

Une étude de phase 2 a montré que certains patients atteints de la maladie d’Alzheimer (au stade léger) et qui ont bénéficié de la stimulation cérébrale profonde présentent une amélioration de leur fonction cérébrale, en particulier le fornix – une structure du cerveau associée à l’hippocampe.

Cette amélioration se traduit par une augmentation du métabolisme du glucose dans le cerveau et un ralentissement du déclin cognitif. Ces effets positifs n’ont été observés que chez les patients âgés de 65 ans et plus.

Ces effets positifs n’ont été observés que chez les patients âgés de 65 ans et plus.

« Ces résultats indiquent que nous sommes dans la bonne direction. Dans la maladie d’Alzheimer, certaines zones spécifiques du cerveau ne métabolisent pas le glucose normalement. En les stimulant, nous pouvons retrouver une fonction normale, ce qui entraînera une amélioration des signes et symptômes de la maladie d’Alzheimer », a déclaré l’auteur principal de l’étude.

Quarante-deux patients âgés de 45 à 85 ans ont participé à l’étude, dont douze avaient moins de 65 ans. Tous prenaient des doses de donépézil, de galantamine ou de rivastigmine avant le début de l’étude. Des électrodes ont été implantées dans le fornix.

Les participants ont ensuite été répartis au hasard pour recevoir une stimulation active ou simulée (groupe contrôle) et ont été suivis pendant 12 mois.

«  Malgré les résultats intéressants, il reste à prouver que la stimulation cérébrale profonde est bénéfique ».

Source : A Phase II Study of Fornix Deep Brain Stimulation in Mild Alzheimer’s Disease. Journal of Alzheimer’s Disease, vol. 54, no. 2, pp. 777-787, 2016

Le volume de l’hippocampe augmente

Cette étude fait suite à l’étude pilote de phase 1 réalisée en 2014 indiquant que et qui a montré que certains patients atteints de la maladie d’Alzheimer et qui ont reçu une stimulation cérébrale profonde (SCP) du fornix ont vu le volume de leur hippocampe augmenter après 1 an. Cette augmentation de volume de l’hippocampe s’accompagnait d’une meilleure performance cognitive.

L’étude incluait six patients Alzheimer et indique que la SCP est sûre et pourrait modifier le métabolisme du cerveau. Ces patients ont été les premiers dans le monde à bénéficier de la SCP. Les patients – quatre hommes et deux femmes – avaient reçu le diagnostic de la maladie d’Alzheimer dans les deux années précédentes. Ils présentaient un spectre de démence légère à modérée/sévère.

À la fin de la période d’étude, deux des six patients ont présenté une augmentation marquée du volume de l’hippocampe gauche et droit. Au contraire, aucune augmentation n’a été observée chez les quatre autres patients.

Malgré cela, les performances cognitives de ces patients se sont améliorées. Les chercheurs ont comparé ces changements de volume d’hippocampe à un groupe de 25 personnes du même âge ayant des troubles cognitifs, mais n’ayant pas reçu de stimulation. Aucune augmentation du volume de l’hippocampe n’a été observée.

Les résultats obtenus grâce à la tomographie par émission de positons (PET) indiquent une augmentation du métabolisme du glucose dans l’hippocampe – reflet d’une activité du cerveau – chez les patients ayant bénéficié de la SCP. L’augmentation de l’activité de l’hippocampe est certainement reliée à celle de son volume, mais il reste à déterminer lequel mène à l’autre. Il est possible que la stimulation cérébrale profonde produise une neurogénèse, un phénomène qui se traduit par l’apparition de nouvelles connexions entre les neurones situés dans l’hippocampe. Malgré ces résultats encourageants, la stimulation cérébrale profonde reste une technique coûteuse et aura certainement une applicabilité limitée.

Source : Sankar T et coll. Deep Brain Stimulation Influences Brain Structure in Alzheimer’s Disease, Brain Stimulation, décembre 2014.

Pour rappel, la SCP est déjà utilisée dans le traitement des troubles moteurs parkinsoniens (une structure cérébrale appelée noyau sous-thalamique est stimulée électriquement, ce qui a pour conséquence d’abaisser son niveau d’activité et de réduire l’akinésie chez le patient).

Des effets secondaires ont cependant été rapportés chez des patients parkinsoniens (ex. infections, troubles comportementaux).

En 2012,  une équipe de l’Université de Toronto (Canada) avait déjà rapporté deux cas de patients atteints d’Alzheimer (stade modéré) dont l’hippocampe, la principale structure cérébrale impliquée dans la mémoire, a vu son activité* augmentée suite à une stimulation cérébrale profonde.

* L’activité de l’hippocampe a été évaluée en mesurant l’utilisation du glucose par les neurones. Plus le glucose est capté par une structure cérébrale, plus celle-ci est active.

Le Professeur Andres Lozano, auteur principal de l’étude, révélait qu’ «après un an de stimulation continue, l’augmentation de l’utilisation du glucose par le cerveau apparaît chez les six patients de l’étude. Cependant, nous avons remarqué que le volume de l’hippocampe grossissait de 5% à 8% chez deux de ces patients ».

L’effet de stimulation cérébrale profonde dans Alzheimer doit être confirmée

Le Professeur Dubois, neurologue de la Pitié-Salpêtrière, tempère ces résultats en déclarant que  « dans la maladie d’Alzheimer, il y a des lésions corticales diffuses sévères, des pertes de neurones et de synapses, des dégénérescences neurofibrillaires. Ces lésions sont telles qu’on ne peut espérer réparer les dégâts par une neurostimulation ».

« La stimulation cérébrale profonde est une technique utilisée dans le traitement de la maladie de Parkinson « , rappelle le Professeur Yves Agid, neurologue et fondateur de l’Institut de la moelle et du cerveau à Paris, qui rajoute que  » la maladie d’Alzheimer touche la majorité du cerveau (NLDR contrairement à la maladie de Parkinson). Un malade n’a pas que des problèmes de mémoire, il a d’autres symptômes, comme des troubles du comportement. Le bénéfice éventuel pourrait être noyé dans le risque ».

Des chercheurs américains ont constaté que des personnes âgées qui suivaient un programme de stimulation cérébrale assisté par ordinateur ont vu leur mémoire et leur capacité linguistique améliorées.

L’équipe de l’Université californienne de Los Angeles a demandé à 69 participants, âgés en moyenne de 82 ans, de suivre un programme d’entraînement appelé Dakim BrainFitness. Ce programme comprend plus de 400 exercices qui évaluent la mémoire à court et à long terme, le langage, les capacités visuelles et spatiales, le raisonnement et le calcul mental.

Les chercheurs ont constaté que sur les 69 participants, 52 qui avaient accompli au moins 40 séances (de 20 minutes chacune) ont vu leur mémoire et leurs capacités linguistiques s’améliorer.

Source: Effect of a Computerized Brain Exercise Program on Cognitive Performance in Older Adults. The American Journal of Geriatric Psychiatry, 2013; 21 (7): 655.

Les effets de la SCP augmentent avec l’intensité de la stimulation